Atelier d’écriture d’un papier d’ambiance: ce que je ressens ici et maintenant
Le clavier me chauffe les poignets. Mon ordinateur portable s’enflamme avec ce climat de vacances. Ciel bleu et soleil brûlant en matinée sur Limoges. Ici, en salle de formation à France 3, les touches crépitent et les stagiaires soufflent et transpirent. Moi aussi. 
Je lève les yeux avec plaisir vers la longue tablée que je préside. Dès que ma peau s’humidifie de sueur, j’attrape la télécommande de climatisation. Sceptre royal qui ordonne la température des corps et l’aisance du cerveau. Parfois, c’est juste le spectacle d’un visage luisant qui me rappelle de presser le bouton jaune de l’émetteur. Aussitôt, une bouche grillagée au plafond exhale son souffle glacé et vient me saisir la nuque.
Les muscles se raidissent sous la morsure progressive, et j’éteins rapidement la soufflerie d’air sec et pollué de bactéries. Est-ce le froid ou la toxicité de l’air qui m’irrite la gorge en quelques secondes ? J’ai l’impression d’avoir avalé une ortie depuis que je jongle avec la clim’. Ma voix faiblit tandis qu’une main de glace s’apprête à m’étrangler.

Voilà mon souci: jongler entre une gorge saine et une sudation mesurée, afin d’épargner les occupants de la salle. Entre la chaleur qui plombe les paupières et l’étranglement du froid mécanique, l’atmosphère brûlante qui trempe ma chemise ou le confort provisoire d’un air pollué, l’aisance maintenant que je paierai d’une bronchite plus tard…
Mon corps ne chauffe pas encore mais les tempes me serrent légèrement. Fatigue des jours à animer le stage malgré mon agréable chambre d’hôtel. Chaleur de l’été et de l’ambiance, heureusement. J’ai plaisir à transmettre mon expérience de l’écriture (rédiger sur le web), dans ce groupe de télévision française. Une chance, mes stagiaires sont motivés et doués. Satisfaction intellectuelle qui s’ajoute à l’atmosphère cordiale de personnalités riches, avenantes et promptes à l’imaginaire souriant. Le chaleur que mon corps fuit, mon esprit l’apprécie. Je suis impatient de lire leur production dans quelques minutes. Ils doivent rédiger un texte répondant à la question: Qu’est-ce que je ressens ici et maintenant?
Martin BOHN
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Des extraits de leurs textes:
Satanée boule
1er juillet 2009
J’ai la boule au ventre.
Martin, mon tortionnaire, me demande d’exprimer sur une feuille, qui risque de rester bien blanche, ce que je ressens à ce moment précis. J’ai une heure, il me faut trois jours. C’est exactement le moment que je redoutais en acceptant de venir ici. Maintenant, je suis là, comme un con devant mon ordinateur.
Je retrouve cette terrible sensation, la boule monte et reste coincée sous le sternum. Mes mains tremblent à l’idée de surmonter le deuxième obstacle… la lecture en public.
Cette sensation, j’ai une longue histoire avec elle. Depuis l’école, où mes profs étaient habitués à mes pages blanches.
J’ai envie de trouver un prétexte pour esquiver. Je veux retrouver ma caméra ou mon appareil photo. C’est avec lui que je me sens le mieux, caché derrière son viseur, à faire ressortir les pensées des autres.
Je veux rentrer chez moi, retrouver ma famille, mes instruments, jouer au tennis.
Que dire ? Que faire ? Il me reste vingt minutes, j’ai encore le temps de partir, loin, loin de cette salle de torture.
En me relisant, j’ai le sentiment de m’être pris au jeu.
Mes mains ne tremblent plus. Cette satanée boule est sortie, merci Martin, mais que faire avec ? L’enfouir et la ressortir dans dix ans lorsque mes filles me demanderont de les aider à leurs dissertations ? Profiter de l’avoir dans la main et l’apprivoiser ?
Je besoin d’une pause. Je vais l’emmener faire un tennis… c’est bien le tennis. Je vais pouvoir me défouler, elle s’en souviendra autant que moi et le sale quart d’heure que je viens de passer.
Thomas
Les 5 sens
1 juillet 2009
Ma peau est moite.
Mes doigts poisseux.
Et ma gorge sèche.
Le regard rivé sur un écran sans âme.
Je tente de me ressentir!
Ça va, comme tous les matins j’ai mis mon parfum…
Est-ce qu’il va durer toute la journée ?
Une journée chaude, ça se prévoit.
sinon c’est le chaos.
Une vision d’horreur me submerge.
La sueur ruisselle le long de ma colonne vertébrale.
Mon haleine devient fétide.
Mes pieds suintent avec une légère odeur de camembert.
Ma respiration s’accélère à la limite de la suffocation.
Non, c’est un cauchemar.
La climatisation fonctionne avec son ronron régulier.
Je sens sur ma peau, une légère brise.
Et le regard bienveillant de mes collègues.
La formation professionnelle est elle un outil d’évolution dans son travail ?
Un rétro projecteur, des tables, des murs blancs, bienvenue dans l’univers de la formation. Dans cette pièce, impersonnelle la soif me tenaille. La chaleur est présente, je viens de chercher un verre d’eau fraiche, en vain, il n’y a plus de gobelets. Je suis en formation. Avez-vous remarqué combien les salles de formation ressemble a des blocs opératoires, blanc, lyophilisés ?. Comme si un quelconque décor, une affiche, de la couleur pouvait perturber la concentration du formé que je suis. Régulièrement le bruit de la climatisation me rafraichit. Sur l’inévitable paperboard il y a nos adresses de blog, on peut ainsi découvrir le travail des autres, le juger, le corriger. Tout cela se passe en bonne intelligence, personne ne critique ou ne descend les autres. Les remarques sont constructives, et au final le stage est bénéfique. J’ai participé à des formations ou la foire aux égos dépassait tout débat constructif. Le stage était interessant mais au fond qu’ai-je retenu ?. Ici ce n’est pas le cas, je m’y sens bien, j’ai envie que cette formation continue. Ce n’est sans doute pas un hasard, je construis mon projet professionnel autour d’une évolution vers le web, sur ses apports mais aussi sur ses dangers. En 3 jours, je n’ai eu qu’une confirmation de mon choix d’évolution professionnelle. Mais à la fin d’un tel stage une question me taraude, ne va-t-il pas engendrer plus de frustration que de satisfaction ? Frustration de ne pouvoir exercer ce que j’ai appris ici, dans le cadre de mon activité professionnelle, et au final me dire , qu’il est grand temps de franchir le pas et faire ce qui me fait envie. Ai-je besoin d’un tel stage pour m’en convaincre ?
Olivier
Je devrais commencer par imaginer la chute de ce papier… C’est ce qu’on m’avait appris un autre jour, dans une autre vie à une époque où le stylo bic voir le mont-blanc, c’était selon, remplaçait les cliquetis des ordinateurs qui ce matin me déconcentrent. Chacun est dans les starting-block. Je serai rassuré lorsque je serai arrivé au bout de cette course en sachant que pour l’heure bien des obstacles m’attendent…
Mais j’y pense… Je ne suis en compétition qu’avec moi-même. Il n’y aura pas de classement ni de bon point distribué à l’issue de cette épreuve. Alors que suis en train de vouloir me prouver ? Que je ne suis pas plus con qu’un autre ou qu’il me faut bien admettre que l’avenir de mon blog aura vécu le temps que vivent les roses, l’espace d’un instant… Merde ! Je suis en train de donner dans l’écriture « sensitive »… Reprends-toi Eric. Sujet, verbe et complément. Même ces trois mots là mis bout à bout ne font pas une phrase ! Je ne crois ne pas avoir répondu à la question « qu’est ce je ressens ici et maintenant ». Pourquoi n’ai-je pas tout lu Freud et Lacan ? C’est décidé, ce soir je commence par « l’inquiétante étrangeté ».
Eric











