Carnet de voyage : Je marche en montagne

Par Martin BOHN.
Ce texte illustre le stage :
Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.

Je marche en montagne, sur les sentiers en surplomb d’un ruisseau alpin. Ce long cours d’eau s’engouffre dans les parois rocheuses, enserré par les falaises de granit qui le compriment et s’écartent soudain pour former un petit lac vert.

Les arbres escaladent les pentes, en forêt éparse. Je prends le chemin à vélo avant d’emprunter un sentier minuscule, à peine carrossable, jusqu’au point où le sentier s’enfuit dans les herbes et les feuilles, sur cette pente raide.

Je dois donc abandonner mon vélo tout-terrain et grimper à quatre pattes parmi les arbres qui retiennent le sol, en attrapant les branches, dérapant dans les pierriers et la terre poudreuse qui dévale sous la semelle en minuscules avalanches. Les cailloux rebondissent longtemps sous moi, rafales sur plus de cent mètres, puis plongent sous la falaise au-dessus de l’eau. Une chouette hulotte décolle pour se reposer dix mètres plus loin. Elle semble dire que la route est belle ici. Que je peux continuer. Alors je la suis, de toute manière, j’ai trop envie d’explorer ce coin de nature sauvage difficile d’accès, qui n’invite pas n’importe qui à la promenade. J’escalade ainsi pendant une demi-heure, dérapant dans la pente abrupte à quatre pattes comme un primitif. J’ai l’intuition certaine que je vais découvrir quelque chose. Un premier gros rocher superbe se dresse à deux mètres de haut. J’y monte, plateforme magnifique sous les branches. On peut y dormir, manger, ou s’allonger en couple.

Je reprends l’escalade vers le sommet. Bientôt apparaît derrière les feuillages une haute falaise au sommet de la pente. Il fait chaud, je sue malgré l’ombre des arbres, les mains terreuses à force de me rattraper à tout ce qui traîne. Mais je suis motivé. La falaise m’appelle. Lentement, à force de planter mes pieds dans la terre poudreuse et les feuilles sèches, je parviens au pied de cette paroi géante. En reprenant mon souffle, je longe la base, qui offre un meilleur trajet que les éboulis. Et enfin, la récompense.

Devant moi, la roche forme un surplomb et descend en dévers : elle offre un abri contre les intempéries sur une longueur de dix mètres et une profondeur de trois ou quatre mètres dans la paroi, comme un début de grotte. Au sol, du bois mort, totalement sec, prouve que la pluie n’y tombe jamais. C’est une maison offerte par la nature. Aucune trace de passage humain. J’inspecte la falaise, la roche calcaire se brise sous les chocs d’un morceau de bois. En forant une longue tige, peut-être qu’on pourrait poser là un ou deux hamacs pour passer la nuit. J’en rêve, en amoureux. Évidemment, mon imagination vagabonde. Combien de primitifs ont eu la même idée ici, depuis des millénaires ? Faire un feu, poser les sacs, se régaler de voir la nuit tomber dans cette forêt à mes pieds, humer les délicieuses odeurs qu’apporte la mère Nature. Puis s’unir à cet instinct, plonger la mémoire dans la nuit des temps que nous possédons à fleur de peau.

Le 24 mai 2009 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 08 Martin BOHN, ambiance, écrire sur internet, Journal de bord, carnet de voyage, sensible | 3 Commentaires

3 Commentaires


Julia
le 10/06/2009 à 23:26 

Moi aussi je rêve de faire ça avec la personne que j’aime.
Et l’idée du hamac est tout à fait adéquate !
Ce endroit a l’air magique. Où était-ce ? Est-ce un secret ?

le 15/06/2009 à 11:46 

C’était en Haute-Savoie, dans un lieu que j’avais trouvé pour justement profiter seul du ressourcement de la nature.
L’endroit importe moins que la manière de se dégoter un endroit pour soi, là où l’on est. C’est-à-dire ouvrir son instinct pour sentir la terre qui porte nos pas, et choisir le plus beau chemin.

le 15/05/2010 à 11:50 

Ce texte a été choisi par une enseignante de Normandie, qui m’a gentiment demandé l’autorisation de diffusion. Bien sûr, je la lui ai donnée pour sa classe. Elle a ainsi exercé ses élèves au commentaire sur ce texte. J’étais fier, et très touché.


Laisser un commentaire