Martin BOHN, formateur en techniques d’écriture pour  journalistes, écrivains et chargés de communication

 

©Thomas Chapuzot

Formation en techniques d'écriture au sein d'une rédaction de télévision. Formateur : Martin BOHN au centre, de face.

CV Martin BOHN2016     & Contact

Martin BOHN ©Aurélie COTTIER

Journaliste rédacteur, enquêteur et photographe, j’ai été appelé en 1998 à former des collègues à une de mes passions : l’écriture. Ainsi, je transmets des outils affinés depuis vingt ans. Écoles de journalisme, entreprises, institutions, médias, font appel à mes techniques. Mon approche éthique leur convient.

Mon chemin a commencé en radio (RTL) et presse quotidienne (Ouest France, la Voix du Nord, les Nouvelles calédoniennes). Reporter, photographe, puis rédacteur en chef de magazine.

Scoops

Fruit toxique du racisme : un mort. Le 1er mai 1995, j’ai fourni à l’antenne (RTL) le scoop national du meurtre de ce Marocain jeté à la Seine par un manifestant du Front national, Michaël Fréminet, 18 ans, pendant le défilé. J’avais déjà la confirmation policière du soupçon d’assassinat. Cette première enquête marque une carrière. Je salue la mémoire de Brahim Bouarram, jeune père, dont les pompiers ont sorti le corps sous mes yeux, cyanosé par la noyade.
Contempler ce poison de la haine m’a appris où conduit le propos xénophobe.

Boatpeople : 110 vies sauvées (résumé en page presse).
Depuis 1998, des écoles de journalisme me sollicitent comme conférencier et formateur. J’interviens auprès de clients divers : Centre de formation professionnelle des journalistes (CFPJ), France Télévisions, agences de communication…

Après quinze ans d’enseignement journalistique, j’élargis ma pédagogie à tous les publics, jusqu’à l’accompagnement d’écriture pour particuliers, même aux enfants. Parce qu’il n’y a pas de raison de réserver ces connaissances à un seul métier, ni une seule catégorie socio-professionnelle. J’ai donc mis en place des ateliers d’écriture ludique pour enfants, à partir de 10 ans.

Anecdotes de travail :

« On ne peut pas être bon photographe et bon rédacteur », m’a dit un jour quelqu’un que je n’appréciais pas. Et je me suis juré de prouver qu’il avait tort. En 1999, j’ai créé mon site photo, et en 2005, 2mots.

 « Claude Chirac. Passez-moi mon père ! » Un petit matin à RTL, avant l’interview Michèle Cotta – Jacques Chirac. On a des appels surprenants, en rédaction vers 6h30 du matin… Donc on a prévenu papa Jacques. Sa grande silhouette approche, tout sourire et d’un geste fluide, il me serre la main chaleureusement en attrapant le combiné.  Il m’a laissé une impression de charme et son parfum d’après-rasage quelques instants sur la main. Beaucoup plus avenant que sa fille.

Après mon scoop de Brahim Bouaram, Michèle Cotta est entrée dans mon bureau, s’est assise près de moi et a demandé : « Alors, vous faites quoi ? » Benoîtement, je lui explique ma mission de jeune journaliste à la rédaction de RTL. Elle sourit et précise : « Ça, je sais bien. Mais dans la vie ? Quel est votre parcours ? » Adorable.

« On va vous donner un petit quelque chose », m’a dit le chef du personnel de RTL où j’étais jeune journaliste. Je venais de détailler à l’antenne mon scoop sur le meurtre de Brahim Bouaram, Marocain jeté dans la Seine par un manifestant du Front national le 1er mai 1995, entre les deux tours de l’élection présidentielle. Maintenant, il y a une plaque commémorative sur le quai de Seine, à l’endroit où le corps du noyé a été repêché, sous mes yeux, comme je l’ai expliqué sur les ondes. La mairie de Paris dépose une gerbe de fleurs chaque 1er mai, sous la plaque.

« Attends, je t’ai même pas donné l’adresse ! »  Mon chef de l’époque à la Voix du Nord, me rattrapant en riant dans le couloir. Je partais déjà couvrir un fait divers de meurtre dont l’info venait de tomber sur la fréquence police qu’on scannait en permanence… Avec ma petite voiture de l’époque, j’étais arrivé devant le corps de la victime avant le commissaire. Il m’a regardé d’un air perplexe :
« Vous savez que vous n’avez pas le droit d’être ici ?
- Oui je sais, commissaire. On ne s’est jamais vu, jamais parlé, d’accord ?
- Entendu, mais ne faites pas de photo du corps.
- D’accord. Je fais mon observation terrain, je ne touche à rien et je disparais. Laissez-moi une heure.
- Ok. Bonne journée. »
Dans mon papier d’ambiance terrain, diffusé le lendemain et racontant la vie de ce pauvre homme, figurait le mobile du meurtre : Le clochard avait été mordu par un chien appartenant à des jeunes qui taquinaient souvent ce vieil homme. Hospitalisé, il a porté plainte. Du coup, les propriétaires du chien ont été condamnés à payer les frais d’hospitalisation. Des jeunes en difficulté. Les frais représentaient pour eux une somme lourde. Furieux et saouls, ils sont allé lui casser la figure. Puis reviennent, complètement ivres, armés de barres de fer. Le lendemain, un collègue (qui avait critiqué mon papier d’ambiance), se réjouit : « Il y avait le mobile du meurtre dans ton papier ! » Dans le commissariat voisin, certains me faisaient un peu la tête.

« Ca vous dit Nouméa ? » Le responsable d’un groupe de presse me débauchant par téléphone de la Voix du Nord. Moi : « Laissez-moi une heure, je vous rappelle. » Quinze jours après, j’atterrissais et organisais ma vie de l’autre côté de la planète. Et puis les reportages, les enquêtes, le pouvoir politique que mes enquêtes gênaient… « Si c’est si facile que ça, il n’a qu’à prendre ma place, votre journaliste ! », s’est plaint le haut-commissaire (préfet local) à mon rédacteur en chef, à propos d’une affaire de boat people : 110 Chinois qui réclamaient l’asile politique.
Ça m’a valu un gros dossier au Renseignements généraux et des amis hors du temps, de toutes ethnies.

« T’es le prof le plus exigeant de l’école ! »  Citation récurrente de mes étudiants, chaque année, sur un ton modulé par leurs notes. Il faut dire que j’avais poussé le jeu, une année, à commencer la première notation en comptant (pour du beurre), de manière méthodique et journalistique : une erreur= un point en moins. Les notes commençaient en négatif, à -20 et la meilleure copie a obtenu 5/20. Ils découvraient la typographie, la syntaxe, l’angle, les pollutions d’écriture… Une manière radicale de leur montrer que, journalistiquement, malgré leurs bac+5 et autres masters glorieux, ils ignoraient l’écriture professionnelle.

« Grüss Gott, en plaisantant : Jürgen Biehle, présentateur d’Arte info, que j’aimais taquiner en l’embrassant sur son crâne lisse comme un œuf, lorsqu’il était assis à son ordinateur et que je formais les journalistes rue de la Fonderie à Strasbourg…  Hallo Jürgen !

« Vous seriez disponible la semaine prochaine pour passer noël au Kosovo ?»   L’Ecole supérieure de journalisme de Lille, pour le compte du ministère des Affaires étrangères. Je me suis régalé durant cette mission : audit des besoins de formation des journalistes albanais et serbes dans cette région. Et j’ai découvert à quel point l’emprise de l’économie grise et noire a recouvert les Balkans, bien avant cette guerre, puis organisant les conflits pour ouvrir de nouveaux marchés. La guerre est un commerce lucratif en diable.

C’est curieux comme la vie répète certaines invitations : après hésitation, j’avais décliné la proposition que me faisait l’armée en 1992 d’encadrer comme lieutenant des Casques bleus de l’ONU dans la région, avec un mandat international boiteux. C’était l’époque où les snipers faisaient des cartons sur les civils en toute impunité. J’ai appris plus tard que des collègues de régiment sont tombés. A quoi bon tout ça, me direz-vous ? Si je vous réponds que les armes et la drogue, c’est de l’ordre du 1000% de retour sur investissement, vous comprenez mieux ? Donc j’ai vu un peuple blessé dans sa chair, aux sentiments déchirés et tremblants, des veuves hurler de douleur devant les photos de leurs fils et maris disparus, des regards de haine tapie sous une mince résignation… Et vérifié qu’une fois encore, l’ignorance et la peur permettent ces complots.

« Tu as formé combien de journalistes ? »  Je forme chaque année 200 à 300 personnes, dont une bonne moitié de journalistes, depuis vingt ans. Le chiffre doit avoisiner les 2000 journalistes.

« Merci… »  Des étudiants remettant leur copie, larmes aux yeux, gorge serrée. Je n’oublie pas leur émotion. L’exercice consistait à conduire et rédiger en cinq heures l’interview d’un clochard, racontant son quotidien. Plusieurs élèves sont revenus bouleversés, remués à vie par cet échange à vif avec des êtres dénués de tout, qui n’ont plus de raison de mentir. Je voulais qu’ils comprennent cette dimension de la vie au-delà des mots. Ce jour-là, j’ai encore plus aimé mon métier.

Lui ont fait confiance :     

     (et d’autres sociétés qui s’appuient sur ma discrétion).

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Le 13 mai 2012 par Martin | Catégorie : | Aucun commentaire