Commençons cette introduction pédagogique en illustrant la définition du mot juste.

Caricature d'Emile Littré, ©Bibliothèque nationale de France

Monsieur Littré, Émile pour les dames, appréciait particulièrement la justesse des mots. Un jour sa femme entra dans le bureau de son mari, qui se trouvait avec la bonne, en tenue lui d’Adam et elle d’Eve, occupés à faire ce que nature commande de faire en telles occasions. Sa femme, très digne, s’écria :
« Je suis surprise !
- Non, la corrigea-t-il, c’est nous qui sommes surpris. Vous êtes étonnée. »
Attribué à Littré.

Dans le même registre, la concordance des temps :

Madame Beauzée couchait avec un professeur de langue allemande. Monsieur Beauzée les surprit au (Lire la suite…)

Le 10 juin 2009 par | Catégorie : 01 BASES D'ECRITURE, difficultés, langage | 1 Commentaire

Parfois, la philosophie s’invite sans crier gare, en plein quotidien. Et, donc, même dans ce blog. La preuve: Dans un des lieux les plus sacrés de notre système social, le tribunal, se prononce quotidiennement un mensonge ridicule. Chaque témoin appelé à la barre est prié de jurer qu’il va «dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité». Sans rire.

La vérité sortant du puits, et toute nue cest plus joli

La Vérité sortant du puits. Peinture d'Edouard Debat-Ponsan, musée de l'Hôtel de ville d'Amboise ©Ville d’Amboise

«Dire la vérité…» Cette formule est un mensonge. J’ai tendance à répondre comme Ponce Pilate : Qu’est-ce que la vérité? Notez que le livre (la Bible) qui relate cet échange avec Yeshua (en français, Jésus) ne donne pas la réponse de ce juif traduit en justice pour blasphème. En même temps, on n’allait pas demander un ouvrage de philo à l’auteur de cette compil’ biblique, l’empereur Constantin le Grand, au premier concile de Nicée, qui a fait des choses pas jolies jolies avec les dogmes et les enseignements. Grand par ses magouilles politiques, le Constantin, c’est sûr. Mais philosophe, on peut en douter. Nos politiques actuels n’avaient rien à envier à leurs modèles antiques. C’est ballot, la réponse du Nazaréen m’aurait intéressé. En philo, on entend souvent cette définition: La vérité est une relation fidèle de la réalité. Vous comprenez que le petit héraut du journalisme se balade tout près…

Bref, revenons à notre formule judiciaire. «Dire toute la vérité…» Je vous vois d’ici glousser en vous trémoussant devant le ridicule de cette prétention. Qui saurait dire toute la vérité? Allons, quelle que soit l’affaire, chacun l’observe de son point de vue. J’aime schématiser la vérité en forme de sphère, dont chacun connaîtrait un point. Un peu comme notre regard sur Terre avant de voyager.

Il me semble que la formule judiciaire serait plus juste, et moins ridicule, sous la forme suivante:

Je jure de dire honnêtement et sans travestir mon souvenir toute information dont j’ai connaissance sur l’affaire. Ca sera déjà pas mal, et je ne vais pas me la péter en prétendant connaître la Vérité.

Et c’est là que se pose la question suivante (les questions avec moi, ça n’arrête pas, vous êtes prévenus): c’est quoi, une information?

Là, on tombe dans les questions de journalisme essentiel, pile poil ce que j’enseigne. Le juridisme a beau être un art et un jargon professionnel,  il gagne parfois à écouter les humbles petits métiers qui le fréquentent et aiment également la rigueur du mot juste.

Le 25 mai 2009 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, décryptage, langage, sensible | Aucun commentaire