Sandra m’autorise à diffuser ici notre échange de courriers électroniques :

Sujet: Question de style
Bonjour Martin,
Je me permets de t’envoyer un mail pour te poser une question qui va sans doute te paraître déroutante.
Voilà, je m’attèle à l’écriture d’un recueil de nouvelles. J’en ai écrit plus de la moitié et – étant en panne d’inspiration – je reprends la lecture complète. La première nouvelle est une histoire policière.
La scène se passe au moment où on découvre un corps présent dans un bidon depuis plusieurs mois et là, au lieu de mettre « L’odeur est atroce », j’ai mis « L’horreur est atroce ». Je l’ai fait lire à un ami qui m’a rétorqué (Lire la suite…)

Le 27 mai 2009 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, littéraire, poésie | Aucun commentaire

Par Martin BOHN

La phrase est assassine. «Messieurs, écrivez emmerdant!» ordonnait le fondateur du quotidien Le Monde, Hubert Beuve-Méry, à ses journalistes. Il n’avait rien inventé.

Cet affront au plaisir de lire remonte au XIXe siècle. Ainsi, Adrien Hébrard donne pour consigne à ses rédacteurs du Temps : «Surtout, faites chiant». Heureusement, le métier évolue. Au début du XXe siècle, le journalisme français se libère, doucement, de cette injonction. Le style s’inspire désormais de Léon Bailly qui répète aux reporters de L’Intransigeant : « Étonnez le lecteur ! » Et l’Illustration découvre la couleur. Tout le métier évolue, en matière de style, phrases plus courtes, pensée moins universitaire et plus proche du lectorat. La presse devient plus réaliste et lisible. Sauf Le Monde, héritier du Temps.

Signe d’une époque où, pour se vendre, le journalisme sérieux doit porter cravate, verbe pompeux et récit roboratif. Et puis les lecteurs font valoir leurs droits. Ils boudent la presse du costume trois pièces. Celle qui, gonflée de son importance d’être feuilletée dans les ministères et universités, flatte l’ego, affiche une appartenance sociale, évoque une caution morale, illusoire estime. Plume de chef indien. Toque de cuisinier. Cocarde au pare-brise de parlementaire. Poitrine gonflée du gorille.

Adrien Hébrard, patron du Temps

Le lecteur de la presse emmerdante en joue. Il laisse négligemment traîner l’exemplaire du Monde sur la table. La têtière doit dépasser de l’attaché-case dans le train. La lecture de tel article est rappelée l’air de rien au détour d’une conversation: «Je lisais ce matin dans un article du Monde…» La presse chiante ne se jette pas trop vite. Elle doit être lue un peu, avant d’être jetée, le temps de se plonger dans l’article de ce nom illustre, tant il est vrai qu’elle concentre certains talents journalistiques. N’est-elle pas une référence? Cette aristocratie d’écriture ne résiste plus à la réalité économique, ni sociale, ni même journalistique. Car le théâtre politico-économique mondial continue de faire monter la tension, abat son dernier jeu, à la limite de faire monter sur scène les maîtres de l’ombre avant le rideau final. Mais l’heure n’a pas sonné. L’écriture spontanée ne peut pas encore prendre le pouvoir dans les médias officiels.
Ainsi, les journalistes du Monde, grands analystes de l’économie pourtant, n’auraient pas le droit d’expliquer les manipulations bancaires préalables au krach boursier. Qui oserait publier que le dollar est une monnaie privée depuis 1913? Qui oserait relayer les informations sérieuses et néanmoins populaires, qui dénoncent les innombrables complots politiques, économiques, financiers… dont nous voyons mondialement les traces affreuses jusque dans les vies de gens honnêtes. Le Monde et Libération sont devenus, par l’actionnariat, journaux de banques qui tuent l’économie et asservissent l’humain tout autour du monde, fabricant un système d’esclavage mondial avec 8 millions de morts de faim chaque année. Le Figaro appartient à un marchand d’armes. L’essentiel des médias français appartiennent à Dassault ou Lagardère. Marchands de mort. Au fur et à mesure que les populations prennent conscience des magouilles, malgré les efforts des puissants, cette presse emmerdante s’avère d’un ennui mortel. Elle en crève.

Le 28 mars 2009 par Martin | Catégorie : décryptage, journalisme, médias | 4 Commentaires