Par M.B.
Pour le plaisir, je vous propose ici le préambule de cette loi canadienne, qui m’inspire bien des envies de voyager outre-atlantique, figurez-vous…
Langue distinctive d’un peuple majoritairement francophone, la langue française permet au peuple québécois d’exprimer son identité.
L’Assemblée nationale reconnaît la volonté des Québécois d’assurer la qualité et le rayonnement de la langue française. Elle est donc résolue à faire du français la langue de l’État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires.
L’Assemblée nationale entend poursuivre cet objectif dans un esprit de justice et d’ouverture, dans le respect des institutions de la communauté québécoise d’expression anglaise et celui des minorités ethniques, dont elle reconnaît l’apport précieux au développement du Québec.
L’Assemblée nationale reconnaît aux Amérindiens et aux Inuit du Québec, descendants des premiers habitants du pays, le droit qu’ils ont de maintenir et de développer leur langue et culture d’origine.
Ces principes s’inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui confère à chaque peuple l’obligation d’apporter une contribution particulière à la communauté internationale. SA MAJESTÉ, de l’avis et du consentement de l’Assemblée nationale du Québec, décrète ce qui suit (…)
Aujourd’hui, les statistiques québecoises indiquent globalement que 80% des enfants d’immigrants reçoivent une éducation en français, alors qu’ils choisissaient l’anglais dans 85% des cas avant la loi. Dans une province qui a accueilli plus de 45000 immigrants en 2006, la francisation des nouveaux arrivants représente un enjeu crucial.
Au travail, 84% des francophones utilisent le français, alors que 97% des magasins affichent leurs produits dans la langue de Molière.
Cette loi 101 impose la langue française dans plusieurs domaines :
Commercial : Imposer l’usage exclusif du français dans l’affichage public et la publicité commerciale.
Travail : Étendre les programmes de francisation à toutes les entreprises employant 50 personnes ou plus.
Enseignement : Restreindre l’accès à l’école anglaise aux seuls enfants dont l’un des parents a reçu son enseignement primaire en anglais au Québec.
Législatif et judiciaire : Seule la version française des lois est officielle.
Evidemment, cette loi 101 adoptée en 1977, alors que les souverainistes ont le vent en poupe, a causé une onde de choc dans la minorité anglophone. (Je m’en souviens vaguement, j’avais sept ans en France et j’écoutais parfois les informations radio dans la cuisine. Mais déjà, à l’époque, j’avais adoré entendre l’accent québecois.)
Cette minorité s’est depuis adaptée, puisque les deux-tiers des Québécois anglophones maîtrisent également le français. La Charte a atteint ses objectifs, au point que la presse parle aujourd’hui de « paix linguistique ».
La loi 101 semble aujourd’hui victime de son succès : « On la tient pour acquise et on est moins vigilant. Alors il y a moins de sensibilité et de mobilisation autour d’elle », estime Louise Beaudoin, ancien ministre responsable de l’application de la Charte, dans une interview au Devoir.
Selon le magazine L’actualité, 63% des francophones sont unilingues, tandis que 66% des anglophones maîtrisent le français. Quant aux allophones*, la moitié d’entre eux maîtrisent trois langues et plus. Une situation qui contraste avec le maigre 6% d’allophones trilingues dans le reste du Canada.
La Fédération des travailleurs du Québec s’inquiète pour sa part que dans le secteur privé, environ la moitié des francophones qui travaillent dans les deux langues communiquent principalement en anglais.
J’invite nos amis québecois visitant ce blog à donner leur avis en commentaires, pour expliquer le climat culturel et sociologique dans lequel ils vivent, au sujet des batailles linguistiques.
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* Allophone, défini sur wikipédia : En démographie, un allophone est un locuteur qui, dans un territoire donné, a pour langue maternelle une autre langue que la ou les langue(s) officielle(s) et qui réside habituellement dans ce territoire : par exemple, au Canada, un Allophone est un résident canadien qui a pour langue maternelle une autre langue que l’anglais et le français (ex. : un habitant de langue italienne). Généralement, les Allophones adoptent la ou les langue(s) officielles(s) comme deuxième(s) langue(s) en plus de leur langue maternelle : l’anglais au Canada anglophone, le français à Bruxelles (qui est la langue de près de 90% de la population bruxelloise), l’allemand en Suisse alémanique, etc.
Ce terme, en démographie, est initialement un québécisme, mais il est de plus en plus adopté en Belgique (particulièrement à Bruxelles) et dans d’autres pays francophones multilingues, pour décrire ce phénomène socio-linguistique.
Martin, ton article sur le Québec est intéressant mais il ne reflète qu’en partie la réalité. Ta statistique de 84% de Québécois qui utilisent le français au boulot oublie de préciser que ça ne les empêche pas de travailler en bilingue. Ce ne sont pas 84% qui parlent français exclusivement. Or, la manière dont tu le présentes donne cette impression.
En fait, le dernier paragraphe reflète beaucoup mieux la réalité : les Québécois parlent de « magasinage » (faire les courses) ou « d’arrêt » (au lieu de stop sur les panneaux), mais par ailleurs, ils te demandent un lighter (briquet) ou des napkin (serviettes en papier). C’est le seul endroit au monde où Benetton a dû changer son slogan united colors en « toutes couleurs unies ». C’est extrêmement complexe cette histoire de langue française au Québec. La très grande majorité des francophones est bilingue, mais les anglophones ne le sont pas tous… Avec en toile fond, une très grande complexité au Québec à l’égard du Français de France. Tant la personne que la langue. J’ai failli me faire virer d’un boulot pour ça. Coupable d’utiliser un français trop net : j’avais du mal à dire « présentement » et je disais « actuellement ». Dans des enquêtes où je devais lire tout ce qu’il y avait à l’écran, je corrigeais les fautes de grammaire/vocabulaire, sans m’en rendre compte…
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