Par Martin BOHN
Récit à coeur ouvert – émotion pure vécue au Kosovo – un protecteur des animaux l’a lu et « aussitôt faxé à Brigitte BARDOT » : elle dénonce la chasse aux chiens dans les rues de Pristina.
KOSOVO, Pristina - Le froid me réveille aux premières lueurs de l’aube : un des duvets est tombé du lit. Dehors, les flaques ont gelé. Je m’habille chaudement, écharpe, bonnet, gants, et pars me balader sur la colline qui surplombe Pristina, pour voir le soleil se lever. J’en repartirai cet après-midi, fin de mission. Une matinée pour flâner. Mon souffle dégage des nuages de vapeur qui s’envolent dans le ciel bleu. La lumière orangée du levant vient dorer le moindre détritus.
Après la découverte du quartier rupin sur cette jolie colline en surplomb de la ville, je cherche un promontoire pour photographier le paysage urbain. Je veux saisir l’agglomération de 600 000 habitants avec, en décor de fond, les monstrueux réacteurs de la centrale thermique. Ils crachent en continu dans l’atmosphère leurs panaches de fumée polluée. J’entre dans une grande maison en chantier, arrive sur la dalle à l’étage. En vain : aucune vue depuis la terrasse.
En redescendant avec prudence le squelette de béton de l’escalier central, entre gravats et barres d’acier pointant vers le ciel, j’aperçois un gros chien au long poil blond. Il fouille les poubelles crevées sur la dalle de ciment du rez-de-chaussée. Nos regards se croisent. Belle bête massive, sans collier, avec, malgré sa lignée bâtarde, quelque chose de noble et puissant. (Lire la suite…)
Comment un stage d’écriture prend vie ? L’ingénierie pédagogique au quotidien : Très longue gestation.Quand je mets en ligne un stage d’écriture, c’est une naissance après une très longue attente. Un stage possède sa propre histoire de vie. Il est conçu, vient au monde, mûrit et meurt. Voici comment.
Conception pédagogique
« Dis Martin, comment faire pour améliorer mon style d’écriture ? Tu me conseilles quoi lorsqu’on a peur de la page blanche ? J’aimerais un avis pour écrire un livre… »
La question d’un stagiaire plante en mon cerveau la première graine. Terre meuble et curieuse, le mental s’en empare avec la gourmandise qu’inspire un mystère. Les questions s’enchaînent en secret, l’enquête commence.
Pourquoi cet adulte exprime un besoin si puéril ? Comment débloquer sa faculté rédactionnelle ? Le style, c’est quoi ? Où trouver, dans le quotidien, des exemples répondant à sa quête d’écrivain en herbe ? Quelles études proposent les spécialistes ? Dans mon expérience d’écrivain, quelles anecdotes démineront ses peurs ?
Car former, c’est apporter d’abord de la confiance, avant l’apport technique. Mes collègues formateurs font ce même constat.
La question de départ germe ainsi en mon esprit. Parfois, des années : huit ans pour le stage sur le juge intérieur. Jusqu’à ce qu’une autre question similaire éveille ma curiosité, attise ma soif pédagogique, et appelle les réponses.
Alors s’enclenche une véritable gestation, la phase d’ingénierie pédagogique démarre en douceur. Je note les questions en vrac, les comportements, la mécanique intérieure. Il me faut des constats, du concret, comme un thérapeute guettant les symptômes, sondant les corps et les cœurs. Notamment en stages d’épanouissement personnel, pour exprimer l’indicible. Les stages plus techniques, écriture journalistique ou artistique, recueillent d’abord témoignages et procédés.
Puis vient la phase test. Des cobayes volontaires m’aident à tester les exercices. Les plus efficaces sont inscrits dans le déroulé pédagogique, bâti en progression régulière. Alors, il n’y a plus qu’à publier le résultat. Ainsi, il vient au monde.
M.B.
Allez, voici un truc aussi simple qu’efficace : mon secret pour atteindre une relative maîtrise d’écriture.
Il est 03h06 du matin. Je viens de me lever et d’attraper le Bescherelle pour vérifier la conjugaison du verbe acquérir au présent, première personne du pluriel. (Lire la suite…)
Rentrée chargée : des stages en techniques d’écriture, des demandes de formation intra et du coaching personnel : « Martin, j’aimerais écrire un livre. » Ce thème prends corps.
Les stages de techniques d’écriture reprennent avec la rentrée. Les mails se déversent dans ma boîte. L’agenda noircit. J’ai des piles de papiers à ranger. Heureuse activité d’une entreprise qui croît sans cesse.
Dans l’esprit du formateur, cette profusion créatrice peut s’éparpiller en mille directions. J’ai choisi d’orienter mon travail vers les besoins exprimés. Les demandes des stagiaires et amis.
Ainsi est née la formation de thérapie par l’écriture en outil post-traumatique. Outil puissant.
Ainsi se développe le stage pour apprivoiser la peur de la page blanche, et guérir les troubles laissés par la pédagogie de la peur. Cette horreur du stylo rouge à l’école. Un grand classique dans mes cours, depuis 13 ans. Depuis que j’ai été confronté à un rédacteur en chef de télévision piquant une colère, en hurlant qu’il ne savait « pas écrire ». Sans le savoir, il a généré cette pédagogie réparatrice. Merci à lui…
Il demeure une formation à modéliser. Comment répondre à la demande fréquente : « Dis Martin, je rêve d’écrire un livre, tu peux m’aider ? » Cela m’est confié discrètement, comme un vœu timide et rare, une envie secrète.
Comment offrir mon potentiel à ce qui semble une demande à tiroirs ? Jacques Brel disait : « Je connais un million de personnes qui veulent écrire un livre. » Vaste potentiel… Mais j’ai l’impression qu’il peut se trouver, dans ce nuage d’envies, une voie de travail, de cours d’écriture. Voie d’éveil à l’art de conter son imaginaire. Nous retournons ainsi, sous une apparence sérieuse, au plaisir de l’enfant qui saisit un feutre et s’épanouit sur une immense feuille de papier. Sans honte, concentré dans son plaisir, il joue librement. Devenu grand, il crée. Sauf si un adulte assassin lui a instillé l’idée que « ça n’est pas joli, ça n’est pas comme ça… Non, ça n’est pas ». L’enfant croit tout. Puis il grandit autour de cette blessure cristallisée. Trahison de son potentiel. J’observe cette séquelle chez un stagiaire sur deux.
La création est un art raffiné, fragile. Ces aveux réguliers me témoignent d’une confiance touchante. Je l’accueille avec joie, posée sur ma table, comme une fée.
par Thierry MEME, journaliste à l’Echo républicain
L’explosion des technologies multimédias bouscule les comportements de lecture et d’écriture. Martin Bohn, alchimiste de la plume et de la souris, distille ses recettes.
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