Un engin de mine écrase la voiture de son patron

Exercice d’écriture, décrire la vidéo ci-dessus en deux versions. V1 : rigoureux, sérieux, mots-clés + phrases courtes. V2 : blog perso ou Facebook, ton libre, spontané, en se mettant à la place des personnages de la vidéo.

V1 Description des faits, type billet d’agence

Un cadre moustachu de chantier parle devant une caméra. Casque blanc, manteau orange, de la vapeur sort de sa bouche dans l’air froid. Soudain, un tracteur de mine gigantesque arrive derrière lui. Les immenses roues chaînées arrivent devant une Mercedes blanche. Le godet à mi-hauteur surplombe déjà la voiture du patron. Le tracteur continue, sa roue contre le pare-choc pousse l’auto en marche arrière sur le sol glacé. Après une trentaine de mètres, le conducteur d’engin abaisse le godet. Il écrase la Mercedes comme du carton. Alors, la roue géante grimpe sur la voiture, creuse une rigole géante dans la carrosserie. La roue arrière parachève le travail. L’auto est aplatie dans toute sa longueur. Le phare avant gauche clignote. Côté conducteur, il reste un rétroviseur et une portière intacts.

V2 Billet d’humeur en se mettant à la place des personnages de la vidéo

« Dis patron, tu l’as garée où, ta belle merco ? Parce que là, j’suis au boulot. Tu sais, conducteur d’engin. Le tracteur de mine avec les roues de 4m de haut et le godet plus grand que ta caisse. Tu sais patron, aujourd’hui, je t’emmerde. T’as pas voulu m’augmenter? Depuis longtemps, tu me méprises. D’ailleurs, tu me connais ? Allez, je suis sûr que ce soir, tu n’oublieras pas mon nom. Ni ta bagnole, d’ailleurs. Ta chère voiture blanche, avec son étoile Mercedes toute propre. Ah, tiens, elle est garée pile sur ma route. Devant mon pneu. C’est drôle, elle est toute petite, ta bagnole de riche, devant mon tracteur d’ouvrier. On dirait un jouet de minot. C’est comme le regard de mépris que tu nous jettes sur le chantier. T’as l’air de mesurer 4m de haut et de nous voir comme des fourmis. Bon. On va voir si le toit de ta voiture de fourmi aime mon godet. Hooo, y’a plus de toit ! Désormais, t’es propriétaire d’une décapotable. Voyons maintenant si Mercedes aime qu’on lui passe dessus. Depuis le temps que tu nous écrases… ça alors, quelle souplesse ! C’est du carton, une merco! Elle épouse parfaitement mon pneu géant. Belle sagesse, finalement : ta voiture, c’est comme ta grande gueule : Du carton. »
M. B.

Le 3 mai 2016 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, billet d'humeur, écrire sur internet, écrit web, langage, vidéo | Aucun commentaire

La question provoque en apparence, mais se pose de plus en plus dans les journaux papier ou web : Quelle rémunération accorder à un pigiste rédigeant comme une vache espagnole ? (Lire la suite…)

Le 24 janvier 2016 par Martin | Catégorie : 01 BASES D'ECRITURE, journalisme, médias | Aucun commentaire

Albert Dupontel critique l’actu, l’école et la société : une analyse simple et directe de la fonction anxiogène et débilitante du déluge d’informations noires. Pas mieux.
Un bon départ pour amorcer une analyse constructive du journalisme, loin de ses déviances actuelles où le mensonge s’infiltre partout.

Le 25 juillet 2015 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION, 06 INFO, décryptage, enfants, journalisme, médias, vidéo | Aucun commentaire

Qu’est-ce que j’appelle « l’aïkido verbal » ?

C’est une technique que j’aime appliquer dans le discours pour désarçonner l’adversaire, depuis que je l’ai mise au point pour certaines interviews journalistiques. Cette trouvaille rhétorique utilise vraiment un principe philosophique et technique de l’aïkido. Nul besoin d’aller se faire ratatiner le faciès sur un tatami pour comprendre la base de ce vénérable art martial transposé à l’écrit.

Cette technique sobre, simple dans son principe, et aisée dans sa mise en œuvre. Certes, je conçois fort bien que la simplicité réclame, dans notre culture mentale, des efforts de lâcher-prise, mais tout de même ! Arrêtez cette bouillie de cervelle et soyez logiques et déductifs : il s’agit d’utiliser la force de l’adversaire pour l’amener plus loin dans son prolongement. Sur ce tatamis du langage, l’aïkido verbal consiste en ceci :
Prendre une idée de l’interlocuteur (en particulier un principe qu’il se donne), et la mener à son terme. Aller plus loin que lui, dans sa direction. Extrapoler avec rigueur là où son auteur n’avait pas osé aller. Si l’idée est bancale, le raisonnement tombe de lui-même. Au plan auditif, il en résulte à peu près ça :
« Ahheuuu attends nan arrête j’ai pas voulu dire ça. Nan mais tu vas trop loin enfin si mais non mais aaaah voilà quoi ! Tu vois ce que je veux dire… »
Là, stoïque et détendu, répondez doucement : « Non ».
C’est là que votre interlocuteur agonise. Et part en défaite, en colère, en rupture de dialogue ou bien, rarement, révise son opinion.


Un exemple ? Bon mais vite alors, parce qu’il est tard et que j’ai trop relu de textes aujourd’hui, je fatigue. Tiens, un tout simple, le style café du commerce, où les idées bancales pleuvent comme la pluie sous un bœuf de Kobé (paraît qu’ils boivent de la bière. C’est incroyable comme la bière, pour moi, est diurétique).

Idée bancale de départ : « Les étrangers nous piquent le boulot, salauds d’étrangers !
- Et vous, pour les 6 milliards d’humains non français, vous êtes un étranger, n’est-ce pas ? Alors, dans cette économie sans frontière et mondialisée, vous leur piquez quel boulot ? »

Autre version : « D’accord, alors il faut interdire le travail des étrangers, que ce soit rémunéré et même bénévole parce que ça aussi ça pique le travail aux Français qui votent comme vous. Donc si vous habitez à deux mètres d’une frontière, et que votre maison brûle, l’étranger qui habite de l’autre côté de la rue, donc de la frontière, n’est pas payé pour venir éteindre votre incendie, hein, parce qu’il ne serait pas autorisé à travailler hors de chez lui n’est-ce pas ? » (Notez comme, dans le style verbal du café du commerce, la ponctuation devient défectueuse).

Plus sournois encore : on vous dit « Ah, mais ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à s’exprimer dans les bureaux de vote. On est en démocratie. Nos anciens sont morts pour ça. »
- Ah, on est en démocratie, pouvoir du peuple, par le peuple pour le peuple. Donc vous êtes citoyen, c’est-à-dire que vous votez les lois souverainement. Pouvez-vous me parler des lois que vous avez votées ou soumises au débat législatif, depuis que vous avez la chance d’exercer vos pleins pouvoirs démocratiques ? »

Grand classique : « Ca ne me gêne pas que l’Etat écoute mes conversations et surveille mon ordinateur. Je n’ai rien à cacher.
- Tiens, vous aimez citer comme Goebbels ? Est-ce que vous pensez vraiment comme lui ? Et puisque vous n’avez rien à cacher, pouvez-vous vous déshabiller là tout de suite ? » Et caetera. On n’en finirait pas, en fait, tant est fécond l’esprit humain qui somnole tout le jour durant.

Le 21 juillet 2015 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION, convaincre, décryptage, formation, langage, mediatraining, prise de parole en public | Aucun commentaire

Cette vidéo illustre le stage Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage
Cela me fut demandé souvent après la vidéo : voici des extraits de textes de mon carnet de voyage en Thaïlande. Bonne lecture ! :)
Martin BOHN

p.46 Je l’ai baptisé merle d’Asie. Avec sa gueule de mainate, il vole un bout d’œuf que je lui tends du bout des doigts. Son chant varié me plaît, harmonieux, parfois drôle. C’est mon ami en Thaïlande. Il est partout. Dans les arbres, sur la route, la plage, devant les maisons, en pleine ville et même en cage dans les magasins. C’est là qu’il porte le mieux son vrai nom : acridotheres tristis, martin triste.

p.48 La montagne tombe dans une baie sublime noyée de brume. La mer s’étale, embrassée par la forêt. Pour arriver là, j’ai suivi une piste défoncée. La petite moto avait parfois du mal à grimper le chemin labouré d’ornières. Mais du sommet, le paysage offre un camaïeu de verts à l’infini.

p.50 Le soleil agonise. Il embrase la mer d’une flaque orange. Son sang brillant inonde le ciel derrière les nuages de plomb. Lente hémorragie solaire dans le miroir liquide. Il s’y noie bientôt.
Le cortège épars des marcheurs rend son hommage du soir au trépas d’Hélios. Ombres grises, marionnettes sans visage reflétant leurs silhouettes tremblantes sur un sable gorgé d’eau. L’air fraîchit. J’ai presque froid.

 

p.52 Lampions du Premier de l’an.
Face à la mer. Baie de Koh Tao calme et limpide. Sur ce ponton surplombant les vagues, je passe des jours entiers, seul et heureux. J’empile deux matelas pour dossier. Sur la table basse, un thé vert, un riz frit aux légumes, un œuf sur le plat. Mon carnet de voyage, mes stylos, mon téléphone et ses photos.
Ici, je nourris mon regard de beauté, j’emplis mon esprit de calme et mon carnet de dessins.

p.68 Le nouvel An sur la plage thaïlandaise de Sairee beach m’a offert des moments d’intense poésie. La foule a inondé le ciel de lampions. Ces grands cylindres de papier se tiennent avec soin, le temps que le combustible s’enflamme à la base et emplisse le ballon d’air chaud. Alors, c’est le moment critique et émouvant : lâcher son ballon de lumière dans la nuit noire. Libéré trop tôt, il chute. S’aplatit sur le sable et brûle. S’abîme en mer et s’éteint. Mais l’immense majorité agit avec prudence et ne lâche qu’à coup sûr, quand le lampion cherche à monter.
J’ai vu un lampion s’élever doucement en prenant le large puis descendre vers les flots. Dans sa pente pour se noyer, les clameurs de dépit et d’encouragement se mélangeaient. Le courage a gagné au dernier moment, la bougie au ras de l’eau. Le lampion est revenu en vol horizontal puis a décidé de monter. Victoire, clameur et applaudissements dans la foule enthousiaste des milliers de fêtards ! Le lampion a rejoint la myriade de lumières en transhumance vers les étoiles. Des cohortes de flammèches orange glissent dans la nuit d’encre et montent vers l’éternité.
Parfois, un lampion vient mourir derrière un arbre et renaît aussitôt. Ce soir, nous avons donné à manger à la Voie lactée. En caressant le ciel de flammes éphémères, la foule a levé dans la nuit des yeux d’enfant, perdu dans un rêve sans lune. Cette nuit du Premier de l’an, le ciel nous offre 365 pages où l’inspiration peut composer au gré de l’imaginaire. Et si nous savons enflammer nos bulles d’air, notre création saura grimper vers les étoiles.

 

Le 11 juillet 2013 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, poésie, sensible, vidéo | Aucun commentaire

Par Martin BOHN

Quinze ans pour oser publier ce texte. Mon éthique est en ligne. En 2mots : plus humain.

C’est fait. J’ai osé publier l’éthique de mon travail pour la première fois depuis 15 ans. Curieusement, cette dimension supérieure de mes formations m’inspirait la pudeur. Je n’osais pas aborder spontanément ces principes qui structurent ma carrière. Pas à l’écrit. Pas sur internet. Osons le mot, j’avais peur.

Et le déclic s’est produit soudain. Comme un fruit mûr prêt à tomber, j’ai rédigé d’une traite, relu, corrigé, relu mille fois, fait relire. Bref, en 24 heures, la page était en ligne.

Pourquoi je n’osais pas en parler plus tôt ? Quelles craintes retenaient ma plume, moi qui enseigne justement à la libérer ? Je craignais d’être jugé sur l’intime, domaine éminemment sensible. La crainte de voir sali le domaine le plus pur de mon travail, celui des valeurs. Champ de neige immaculé.

Publier cette éthique a une fonction : personnaliser mon site, humaniser la relation avec le stagiaire et finalement, pratiquer ce que je conseille en stage. Nous avons besoin de réchauffer ce média froid, le web n’est pas assez humain.

Alors je me suis mis à nu dans cette approche. Au moment de cliquer sur le bouton « publier », mon cœur tapait. J’ai ouvert les rideaux sur mon espace intérieur. Puis les commentaires des proches m’ont encouragé. Allez savoir, c’est peut-être le premier texte d’une longue liste.

Le 13 avril 2012 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, 07 PEDAGOGIE, décryptage, écrire sur internet, formation | Aucun commentaire

Exercice d’écriture en 1 heure : billet d’humeur ironique

L’ubuesque président ukrainien Alexander Lukaschenko est très frileux : un sein en hiver et le délicat potentat tremble. Alors, il échauffe la manifestante dépoilée. Il lui tondrait même la tignasse, disent les trois frivoles frictionnées lundi : elles ont osé déployer gorge et poumons au siège du KGB à Minsk. Mais Lukaschenko, fort émotif, craint la douceur mammaire. Sus au lolo nu ! crieraient ses poulets. Raides dans leur policière autorité, ils raflent les poules. Après 300 km en bétaillère, elles sont lâchées en forêt, déplumées du poitrail. Avec sévices offerts par la maison. Une coupe de cheveux notamment et friction du corps à l’essence. C’est gentil tout plein : il gèle à pierre fendre dans le décembre ukrainien.
Martin

Ukrainiens lolos

Notes de titre :
Manifestantes aux seins glacés pour le givré Lukaschenko
Le lolo qui fait trembler le petit Lukaschenko
Face aux lolos  givrés, coup de chaud pour Lukaschenko
Le 23 décembre 2011 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, billet d'humeur, écrit web, journalisme, langage, vidéo | Aucun commentaire

Par Martin BOHN

Ce courrier du condamné à mort Troy Davis m’a ému par sa profondeur. Il illustre ce que j’enseigne à bien des publics : La puissance d’un texte vient de la fidélité à votre parole intérieure. Celle de Troy Davis est puissante. Elle mérite d’être diffusée.


Ce noir américain a rédigé cette lettre en 2008, texte publié dix jours avant d’être tué sur décision judiciaire, jeudi 22 septembre à 5h08 (heure française). La « justice » états-unienne l’accusait d’avoir tué un policier blanc, crime qu’il a toujours nié. Ses derniers mots ont été pour la famille de ce policier, Marc MacPhail : « Je n’ai pas personnellement tué votre fils, votre père et votre frère. Je suis innocent. »
Les nombreuses péripéties judiciaires faisaient douter de sa culpabilité : aucune arme, aucune trace, sept témoins qui se sont rétractés en expliquant les pressions de la police pour les faire accuser Troy.

Troy Davis a appelé à poursuivre l’enquête pour qu’éclate un jour la vérité. Son avocat a dénoncé un « lynchage légalisé ».

Voici ma traduction du courrier de Troy Davis :

« Je veux remercier chacun de vous pour vos efforts à servir les droits de l’homme et la bonté humaine. Ces dernières années, j’ai vécu tant d’émotion, de joie, de tristesse sans jamais perdre espoir. C’est grâce à vous tous que je vis aujourd’hui. Je regarde ma sœur Martina,  et je m’émerveille de son amour pour moi et bien sûr je m’inquiète pour elle et sa santé. Mais elle est mon aînée et m’assure qu’elle n’abandonnera jamais son combat pour me sauver la vie et prouver mon innocence dans ce crime affreux.

Je sens votre chaleur

Quand je lis vos mails du monde entier, d’endroits que je n’avais jamais imaginé connaître jusqu’alors, de personnes aux langues, cultures et religions dont je peux seulement espérer voir la main tendue, je suis submergé d’une émotion qui m’emplit le cœur d’une joie débordante, à couper le souffle. Je ne trouve pas les mots pour dire la force que je reçois de vous tous. Elle solidifie ma foi et me montre sans cesse qu’il ne s’agit pas seulement d’une condamnation à mort, ni du cas Troy Davis : il s’agit d’une affaire de justice et d’esprit humain afin que triomphe la vraie Justice. Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres, mais je les lis toutes. Je ne peux tous vous voir mais je peux imaginer vos visages. Je ne peux vous entendre parler mais vos lettres m’emportent aux confins du monde. Je ne peux pas vous toucher physiquement mais je sens votre chaleur chaque jour que je vis.

Je suis libre !

Alors merci, et rappelez-vous que je suis dans un lieu où l’exécution peut seulement détruire votre forme physique. Mais grâce à ma foi en Dieu, à ma famille et à vous tous, j’ai été libéré spirituellement. Peu importe ce qu’il advient dans les jours ou semaines prochaines. Ce mouvement pour abolir la peine de mort, obtenir une vraie justice, dénoncer ce système qui ne sait pas protéger l’innocent, doit être accéléré. Il y a tellement de Troy Davis ! Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu par moi, mais par notre force à nous mobiliser et sauver chaque innocent en captivité autour du globe. Nous devons démanteler ce système injuste ville par ville, État par État, pays par pays. Je suis impatient de me tenir devant vous, peu importe que ce soit physiquement ou spirituellement, car un jour j’annoncerai : « Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Ne cessez jamais de combattre pour la justice et nous gagnerons ! »

Le 22 septembre 2011 par | Catégorie : 05 FORMATION, 06 INFO, décryptage, journalisme, sensible | 2 Commentaires