Exercice d’écriture / 2e papier d’ambiance de la journée : ce que je ressens ici et maintenant. Vous avez 30 mn.
Mes stagiaires se sont éparpillés au bord de l’Ardèche. Après, on va manger avec nos textes sous le bras. Je joue le jeu avec eux.


Je pensais venir pour la vue sublime au bord de la rivière Ardèche. Mais c’est le son qui l’emporte.
Pourtant, les falaises sont découpées par un doigt de sculpteur divin. Il a tracé en zigzag ce petit chemin d’eau vert clair dans la roche. Les gorges portent en leur lit une eau calme, fripée par la brise de printemps. Mais aussi une route qui serpente en surplomb. Des canoës de touristes voyagent à la pagaie. Et ces oiseaux, innombrables, qui chantent, sifflent, croassent, craquètent, crient et ricanent. Le son rebondit sur l’eau, frappe la falaise, résonne dans l’arrondi de la montagne et tout revient amplifié. Amphithéâtre naturel où la symphonie forme une partition mouvante au rythme instable, sur fond de souffle routier. Comme un poumon qui inspire, se tait, reprend plus fort sur un camion, s’étire par une voiture et s’éteint. Des passereaux pépient amoureusement, tirés par un désir printanier. Le croassement d’une corneille les couvre en planant dans le ciel bleu. Une sittelle répond avec son tilitut, tilitut, tilitouit. Voiture, rapide, souffle d’une vague qui chuite en mourant sur le sable. Le sifflet élevé des martinets. D’autres passereaux avec un grésillement rapide d’huile de friture. Plaf, un poisson saute à la surface. Une famille de corbeaux freux s’appellent, vieux raclement de gorge dans les hauteurs.
Des voix glissent : dix cyclistes fluos et casqués bavardent en filant à la vitesse des voitures.
Un autre clapot de poisson ? Non, c’est le frappement de rame sur l’eau par des touristes malhabiles en canoë : la pagaie résonne contre la coque, percussion de bidon plastique.
Ici, tous les échos s’épousent dans une même chanson. Harmonie.
Martin BOHN

Le 20 avril 2017 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 08 Martin BOHN, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, sensible | Aucun commentaire

Par Martin BOHN
Ce texte illustre le stage :
Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Stages liés :
Blocage de l’écrivain, angoisse de la page blanche : Racontez votre juge intérieur et Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage

Les grains de sable volent discrètement dans le vent du désert de Jordanie. Tout autour, le Wadi Rum s’étale sous la lumière du soleil levant. Grandes plaines de sable jaune entre les montagnes de pierre rose. Un corbeau survole la roche. Son croassement résonne longtemps dans les murailles.

Le campement s’éveille. Des bédouins préparent le thé. Ici, j’ai passé des heures à contempler les étoiles dans une nuit d’encre. Puis la lune s’est levée. Éblouissante dans un ciel pur. Sur ces vastes plaines, elle a jeté sa lumière bleutée. Sereine, sur la majesté des colosses de pierre immobiles pour l’éternité. Ces montagnes en couches minérales qui furent le fond des mers, il y a des millions d’années. Maintenant, la mer est de sable avec, pour vaisseaux, les dromadaires.

Une chauve-souris volette, une hyène hurle et son écho se perd sous les étoiles. Comme mes pas, couverts par le vent froid. Ici, tout passe. Seuls témoins aveugles, ces montagnes, sculptées par les vagues de la préhistoire, que le vent change en grains. Ici, la vie est minuscule. Mon corps, un grain de sable. Pourtant, je n’ai jamais si bien touché l’univers.

Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.

Le 29 mars 2017 par marieM | Catégorie : ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, sensible | 1 Commentaire

Par M.B.
Dans son apprentissage, l’écrivain cherche une maîtrise que la vie offre à prix élevé.

La plume sert votre pensée, silencieuse encore, mais avec une envie de parler : La page blanche vous attire. C’est le premier signe. L’envie. Un message frappe à la porte pour sortir.
Puis l’idée se forme, comme une fréquence qui résonne lentement, une vapeur dans le crâne, une nouvelle vibration cherchant ses mots, ses odeurs, son corps pour s’exprimer.
L’idée se compacte et descend, de l’intelligence qui la capte à la bouche qui l’articule. Le mot s’élance, cerne la forme, dessine ce corps que le mental connaît. Le mot sculpte, dans l’espace invisible, par les vibrations du son, ce que l’esprit distingue. La parole s’élève dans l’air au rang de l’idée qu’elle transmet. Parole habile, idée fine : haute résonance. Parole lourde, idée sale : basse fréquence. La plume a coulé. Le mot est transmis, codé. Le message est prêt. L’esprit a capté, il se repose enfin.
———

Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous contemplent les étoiles.
Oscar Wilde

 

Le 2 février 2017 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, blocage d'écriture, langage, littéraire, peur de la page blanche, poésie, sensible | 2 Commentaires

Pour l’exercice d’écriture gustative, j’ai choisi une plaquette de chocolat noir Lindt à 85% de cacao. La marque est gravée sur chaque carré brun foncé, lisse et brillant.
J’avais peur qu’il ne chauffe, mais il est à bonne température, encore frais. Il casse d’un bruit sec.
J’hume l’odeur âpre du chocolat noir. Au nez, il m’évoque les chemins de sable chauffés par le soleil d’été près d’une étable, avec une légère pointe de fourrage, adoucie par le sucre.  Le bétail piétinant dans la paille, croquant le sol de ses sabots.
Je croque. C’est net, avec une lente montée des saveurs. Un goût très sec, presque poudreux, peu de beurre, et cette lente vague amère du cacao qui tapisse la langue et meurt doucement. C’est de la dégustation de cacao presque brut.
Il faut un moment pour y revenir, il manque la dépendance du sucre. Saveurs très sobres, un équilibre très extrême des goûts qui me feraient pencher pour une proportion moindre : au lieu de 85%, descendre à 70. Trop peu de beurre, de gras, de collant sur les doigts. C’est de la poudre de cacao amalgamée et légèrement sucrée. Savoureuse certes, mais moins extatique que les truffes de noël que nous cuisinons avec Maman.
On n’est pas dans la douceur. La noblesse peut-être, mais l’extrême chaleur d’un carré mat, fin, qui m’évoque plutôt un sentier de poussière brune.
En finissant mon carré d’un grand coup, c’est plus voluptueux, plus massif et crémeux. Mais il faut le vouloir, car la langue vient ensuite râper tout ce cacao collé aux dents, sans l’arôme du beurre. Il manque. La saveur pure demande à être accompagnée. Associée. Un appel au mariage, peut-être avec un café, une brioche, une crème. Pour faire pleuvoir quelques gouttes suaves sur cette langue de terre d’Afrique.
Martin BOHN

Le 30 novembre 2016 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, sensible | Aucun commentaire

Exercice : papier sensoriel et émotionnel. Réparer le manque d’humanité fréquente dans l’écriture. Racontez un moment fort à vélo.
Question d’angle : Comment ai-je vaincu la fatigue en grimpant le col de Roncevaux à vélo ?
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Je suis presque à bout de forces. En danseuse depuis une heure. Je dois pardonner.

Pour vaincre la fatigue, je vais devoir pardonner. Il y a une heure que je grimpe en danseuse. Soudain, l’évidence s’impose : Je suis tellement fatigué. Combien de temps vais-je tenir ?
Mon vélo est chargé de 15kg de matériel. Tente, duvet, nourriture… Dont 1kg de jambon que nous venons d’acheter à Bayonne. Plus une bouteille de floc de Gascogne qu’on déguste à petites lampées le soir, quand le repos devient cadeau. Mais là, j’ai le moral dans les chaussures. Concentré sur chaque coup de pédale de mon vélo demi-course. Avec cette question : vais-je atteindre le sommet ? Il me reste deux heures pour franchir le col de Roncevaux. Trente kilomètres avant l’Espagne. J’ai lâché mon ami d’enfance dès les premiers kilomètres. Nous l’ignorons encore, mais son frein arrière touche la jante en permanence. Et puis, il pèse plus que moi. Il fera une chute d’hypoglycémie, sans ressource : j’ai dans mes sacs toute la bouffe et les coupe-faim. Une moto le tirera jusqu’au col.

A mon stade de fatigue, l’expérience sportive se transforme en (Lire la suite…)

Le 13 septembre 2016 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 05 FORMATION, 08 Martin BOHN, ambiance, blocage d'écriture, Journal de bord, carnet de voyage, langage, littéraire, sensible | Aucun commentaire

Cette vidéo illustre le stage Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage
Cela me fut demandé souvent après la vidéo : voici des extraits de textes de mon carnet de voyage en Thaïlande. Bonne lecture ! :)
Martin BOHN

p.46 Je l’ai baptisé merle d’Asie. Avec sa gueule de mainate, il vole un bout d’œuf que je lui tends du bout des doigts. Son chant varié me plaît, harmonieux, parfois drôle. C’est mon ami en Thaïlande. Il est partout. Dans les arbres, sur la route, la plage, devant les maisons, en pleine ville et même en cage dans les magasins. C’est là qu’il porte le mieux son vrai nom : acridotheres tristis, martin triste.

p.48 La montagne tombe dans une baie sublime noyée de brume. La mer s’étale, embrassée par la forêt. Pour arriver là, j’ai suivi une piste défoncée. La petite moto avait parfois du mal à grimper le chemin labouré d’ornières. Mais du sommet, le paysage offre un camaïeu de verts à l’infini.

p.50 Le soleil agonise. Il embrase la mer d’une flaque orange. Son sang brillant inonde le ciel derrière les nuages de plomb. Lente hémorragie solaire dans le miroir liquide. Il s’y noie bientôt.
Le cortège épars des marcheurs rend son hommage du soir au trépas d’Hélios. Ombres grises, marionnettes sans visage reflétant leurs silhouettes tremblantes sur un sable gorgé d’eau. L’air fraîchit. J’ai presque froid.

 

p.52 Lampions du Premier de l’an.
Face à la mer. Baie de Koh Tao calme et limpide. Sur ce ponton surplombant les vagues, je passe des jours entiers, seul et heureux. J’empile deux matelas pour dossier. Sur la table basse, un thé vert, un riz frit aux légumes, un œuf sur le plat. Mon carnet de voyage, mes stylos, mon téléphone et ses photos.
Ici, je nourris mon regard de beauté, j’emplis mon esprit de calme et mon carnet de dessins.

p.68 Le nouvel An sur la plage thaïlandaise de Sairee beach m’a offert des moments d’intense poésie. La foule a inondé le ciel de lampions. Ces grands cylindres de papier se tiennent avec soin, le temps que le combustible s’enflamme à la base et emplisse le ballon d’air chaud. Alors, c’est le moment critique et émouvant : lâcher son ballon de lumière dans la nuit noire. Libéré trop tôt, il chute. S’aplatit sur le sable et brûle. S’abîme en mer et s’éteint. Mais l’immense majorité agit avec prudence et ne lâche qu’à coup sûr, quand le lampion cherche à monter.
J’ai vu un lampion s’élever doucement en prenant le large puis descendre vers les flots. Dans sa pente pour se noyer, les clameurs de dépit et d’encouragement se mélangeaient. Le courage a gagné au dernier moment, la bougie au ras de l’eau. Le lampion est revenu en vol horizontal puis a décidé de monter. Victoire, clameur et applaudissements dans la foule enthousiaste des milliers de fêtards ! Le lampion a rejoint la myriade de lumières en transhumance vers les étoiles. Des cohortes de flammèches orange glissent dans la nuit d’encre et montent vers l’éternité.
Parfois, un lampion vient mourir derrière un arbre et renaît aussitôt. Ce soir, nous avons donné à manger à la Voie lactée. En caressant le ciel de flammes éphémères, la foule a levé dans la nuit des yeux d’enfant, perdu dans un rêve sans lune. Cette nuit du Premier de l’an, le ciel nous offre 365 pages où l’inspiration peut composer au gré de l’imaginaire. Et si nous savons enflammer nos bulles d’air, notre création saura grimper vers les étoiles.

 

Le 11 juillet 2013 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, poésie, sensible, vidéo | Aucun commentaire

Par Martin BOHN

Texte du 08/07/2007 mis à jour le 12/12/2012
Ce texte illustre la fiche pédagogique :
Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Stages liés : Blocage de l’écrivain, angoisse de la page blanche : Racontez votre juge intérieur et Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage

Récit à coeur ouvert – émotion pure vécue au Kosovo – un protecteur des animaux l’a lu et « aussitôt faxé à Brigitte BARDOT » : elle dénonce la chasse aux chiens dans les rues de Pristina.

 

KOSOVO, Pristina - Le froid me réveille aux premières lueurs de l’aube : un des duvets est tombé du lit. Dehors, les flaques ont gelé. Je m’habille chaudement, écharpe, bonnet, gants, et pars me balader sur la colline qui surplombe Pristina, pour voir le soleil se lever. J’en repartirai cet après-midi, fin de mission. Une matinée pour flâner. Mon souffle dégage des nuages de vapeur qui s’envolent dans le ciel bleu. La lumière orangée du levant vient dorer le moindre détritus.
Après la découverte du quartier rupin sur cette jolie colline en surplomb de la ville, je cherche un promontoire pour photographier le paysage urbain. Je veux saisir l’agglomération de 600 000 habitants avec, en décor de fond, les monstrueux réacteurs de la centrale thermique. Ils crachent en continu dans l’atmosphère leurs panaches de fumée polluée. J’entre dans une grande maison en chantier, arrive sur la dalle à l’étage. En vain : aucune vue depuis la terrasse.

En redescendant avec prudence le squelette de béton de l’escalier central, entre gravats et barres d’acier pointant vers le ciel, j’aperçois un gros chien au long poil blond. Il fouille les poubelles crevées sur la dalle de ciment du rez-de-chaussée. Nos regards se croisent. Belle bête massive, sans collier, avec, malgré sa lignée bâtarde, quelque chose de noble et puissant. (Lire la suite…)

Le 12 décembre 2012 par marieM | Catégorie : 08 Martin BOHN, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, sensible | Aucun commentaire

Par Dolores DJAFER pour 2mots.fr

Ce qu’est l’écriture ? Une prière… C’est bien de ça qu’il s’agit. Une connexion avec… Une évasion contrôlée, une part de soi qui nous échappe, une méditation.
Souvent, lorsque j’écris, je sens qu’un univers m’envahit.

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Le 12 septembre 2012 par marieM | Catégorie : littéraire, sensible | Aucun commentaire

 

Par M.B. mis à jour le 31 août 2012
Comment adoucir son style, instaurer la sérénité dans un texte ? La plume affinée commande d’apaiser sa pensée. Extraits de ma pédagogie…

Laissez respirer la parole. Le temps du silence, doucement, s’installe. C’est le rythme, ternaire, comme une pulsation. Parlez à voix haute, écoutez votre texte. Et quand il est musique, il parvient à chanter. Alors s’il vous plaît, n’y touchez plus.

Le langage est parole et musique, rien ne les dissocie, n’en déplaise aux endormis. Quand il touche à l’harmonie, vous le sentez, il permet à l’intérieur et l’extérieur de communiquer.

Notre vie est ce qu’en font nos pensées.
Marc Aurèle

Installer le calme dans votre écriture lui permet de se démarquer du vacarme environnant. Comment ? En apaisant vos idées, leur signifiant un ordre, et en les avançant avec douceur, dans un rythme tranquille.

Pas de négation, pas de précipitation : sentez comme ces mots cognent et descendent. Préférez l’action calme, la syntaxe positive et respectueuse de l’imaginaire, celui que le lecteur vous prête pour jouer avec.

Écoutez, tout est là.

La prière, la vraie, est silencieuse. Oui, silencieuse, parce que toute parole est imparfaite.
Francine Ouellette

Le 31 août 2012 par marieM | Catégorie : sensible | 4 Commentaires

Par Martin BOHN
Ce texte illustre le stage :
Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.

« Il fait nuit noire. Je rentre d’un week-end à Nouméa, dans mon 4×4 brinquebalant sur le coaltar (bitume). Je cogite. Le temps s’annonce long, presque quatre heures de route. J’arriverai vers minuit avec, pour seul paysage, le défilement des panneaux phosphorescents et la ligne blanche. J’invente un jeu : analyser les odeurs. Mon vieux pick-up bâché se prête à ce genre d’exercice. Un carnet coincé sous la cuisse, je note les parfums qui m’atteignent, d’une écriture malhabile, torturée par les sursauts du véhicule, incontrôlée par mon regard qui fouille l’horizon dans la nuit. Je ne découvrirai le résultat qu’à l’arrivée. Un graphisme contrarié de parkinsonien ivre.
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Le 10 juillet 2012 par marieM | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, sensible | Aucun commentaire

Par M.B.
Croyez-vous que le lecteur attende vos mots ? Qu’il veuille savoir exactement ce que vous pensez, indépendamment de lui-même ? Qu’il s’oublie en lisant ?
Au contraire, le lecteur, coquin d’égoïste, songe uniquement à lui, mais capte de vous plus que vous ne le voudriez.

{Dans l’avertissement, j’expose mon approche pédagogique}

 

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Le 8 juillet 2012 par marieM | Catégorie : littéraire, sensible | Aucun commentaire

Texte symbolique après un stage de mediatraining. Mes stagiaires enrichissaient leurs techniques pour prendre la parole en public. Les faire travailler sur le souffle et la voix m’a donné envie de rédiger une partie de ce que j’enseigne à l’oral.

 

Le souffle en nous produit la vie. Enserré, il n’est pas. Il fuit. Air étranglé, gorge serrée, mot vidé. La parole se plaît dans l’atmosphère, qu’elle ne manque pas d’air !

Prendre son souffle précède la parole. Prendre la voix qui inspire en soi. L’expir formulé, le mot soufflé forme le verbe. Sorti du corps, sorti du cœur, il frappe d’autre corps, d’autres cœurs. Rien en nous ne naît en vain. Mais nous sommes souvent assassins de mots, d’esprit, de vie.

Quand la vie enfle en mon ventre, inspir. Si je la retiens, elle expire. Le souffle ne sait où il part. Cet inconnu peut flétrir son aile, son envol, sa route. Sans air qui le porte, oiseau échoué, le verbe disparaît. Noyé sous le flot du temps silencieux. Une vague suivante, l’émotion reparaît plus rude, plus forte. Pour la faire taire, il faudra davantage forcer l’air. Serrer la gorge, les dents, les poings et se terrer sous la crainte de vivre, de lâcher l’émotion à l’inconnu.

Alors, il faudrait me dire : « En avant ! » Marcher sans crainte dans cette énergie que rien ne retient. Le grain germé ne repart jamais en arrière. Le germe sort de terre et prend l’air, mais ne dit mot. Seul l’humain le peut. Seul l’humain forme son verbe et crée, ou laisse mourir en lui sa vie. L’oiseau chante, le chien aboie, l’humain parle. Spécifique pouvoir qu’il a retourné contre lui-même. Comme est grande l’énergie de mort que l’humain place en sa bouche ! Il l’appelle mensonge, sans aller voir plus loin cette peur incalculable, calculée par d’autres pour lui tenir la gorge.

Mais le mot se forme en profondeur. Dans les souterrains de l’âme, aux tréfonds du corps. Fécond, il germe et grandit. Quand passe un trait de lumière, de vie, il croît. Quand rôde l’ombre pestilentielle du mensonge, il se recroqueville et dépérit. Le verbe est une éponge. Il absorbe tout. Il traduit. La voix transmet. Quand je cache, elle trahit. Quand je pleure, elle tremble. Quand je chante, elle resplendit. La voix rayonne dans le rire et bâtit les bonheurs du monde. Dans un corps meurtri, la voix juste encore résiste comme un arbre fouetté par le vent marin, forte et sublime. Elle témoigne de l’âme portée par le corps. Épurée par les souffrances mais enracinée dans le monde, fidèle à la Terre qui la nourrit. Elle transmet jusqu’au bout la vie.
Martin BOHN

Le 19 juin 2012 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 05 FORMATION, convaincre, langage, sensible | Aucun commentaire

Avant de voter dans une élection présidentielle, contemplez. Ce visage connu dans les médias, présent sur les plateaux de télévision, et qui sollicite votre bulletin de vote : Contemplez-le. Faites silence pour vous concentrer et ressentir en vous, de manière fine, ce qui est marqué sur sa tête. Il ou elle vit du système politique actuel, et demande pour cela que vous lui accordiez votre confiance. Juste le temps de voter. Ensuite, c’est parti pour des années. Votre geste a donc une conséquence dans la durée. Votre confiance ou votre défiance en est la clé.

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Le 11 avril 2012 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, ambiance, langage, sensible | 2 Commentaires

Par Martin BOHN

Ce courrier du condamné à mort Troy Davis m’a ému par sa profondeur. Il illustre ce que j’enseigne à bien des publics : La puissance d’un texte vient de la fidélité à votre parole intérieure. Celle de Troy Davis est puissante. Elle mérite d’être diffusée.


Ce noir américain a rédigé cette lettre en 2008, texte publié dix jours avant d’être tué sur décision judiciaire, jeudi 22 septembre à 5h08 (heure française). La « justice » états-unienne l’accusait d’avoir tué un policier blanc, crime qu’il a toujours nié. Ses derniers mots ont été pour la famille de ce policier, Marc MacPhail : « Je n’ai pas personnellement tué votre fils, votre père et votre frère. Je suis innocent. »
Les nombreuses péripéties judiciaires faisaient douter de sa culpabilité : aucune arme, aucune trace, sept témoins qui se sont rétractés en expliquant les pressions de la police pour les faire accuser Troy.

Troy Davis a appelé à poursuivre l’enquête pour qu’éclate un jour la vérité. Son avocat a dénoncé un « lynchage légalisé ».

Voici ma traduction du courrier de Troy Davis :

« Je veux remercier chacun de vous pour vos efforts à servir les droits de l’homme et la bonté humaine. Ces dernières années, j’ai vécu tant d’émotion, de joie, de tristesse sans jamais perdre espoir. C’est grâce à vous tous que je vis aujourd’hui. Je regarde ma sœur Martina,  et je m’émerveille de son amour pour moi et bien sûr je m’inquiète pour elle et sa santé. Mais elle est mon aînée et m’assure qu’elle n’abandonnera jamais son combat pour me sauver la vie et prouver mon innocence dans ce crime affreux.

Je sens votre chaleur

Quand je lis vos mails du monde entier, d’endroits que je n’avais jamais imaginé connaître jusqu’alors, de personnes aux langues, cultures et religions dont je peux seulement espérer voir la main tendue, je suis submergé d’une émotion qui m’emplit le cœur d’une joie débordante, à couper le souffle. Je ne trouve pas les mots pour dire la force que je reçois de vous tous. Elle solidifie ma foi et me montre sans cesse qu’il ne s’agit pas seulement d’une condamnation à mort, ni du cas Troy Davis : il s’agit d’une affaire de justice et d’esprit humain afin que triomphe la vraie Justice. Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres, mais je les lis toutes. Je ne peux tous vous voir mais je peux imaginer vos visages. Je ne peux vous entendre parler mais vos lettres m’emportent aux confins du monde. Je ne peux pas vous toucher physiquement mais je sens votre chaleur chaque jour que je vis.

Je suis libre !

Alors merci, et rappelez-vous que je suis dans un lieu où l’exécution peut seulement détruire votre forme physique. Mais grâce à ma foi en Dieu, à ma famille et à vous tous, j’ai été libéré spirituellement. Peu importe ce qu’il advient dans les jours ou semaines prochaines. Ce mouvement pour abolir la peine de mort, obtenir une vraie justice, dénoncer ce système qui ne sait pas protéger l’innocent, doit être accéléré. Il y a tellement de Troy Davis ! Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu par moi, mais par notre force à nous mobiliser et sauver chaque innocent en captivité autour du globe. Nous devons démanteler ce système injuste ville par ville, État par État, pays par pays. Je suis impatient de me tenir devant vous, peu importe que ce soit physiquement ou spirituellement, car un jour j’annoncerai : « Je suis Troy Davis et je suis libre ! »

Ne cessez jamais de combattre pour la justice et nous gagnerons ! »

Le 22 septembre 2011 par | Catégorie : 05 FORMATION, 06 INFO, décryptage, journalisme, sensible | 2 Commentaires