Par Martin BOHN
Récit à coeur ouvert – émotion pure vécue au Kosovo – un protecteur des animaux l’a lu et « aussitôt faxé à Brigitte BARDOT » : elle dénonce la chasse aux chiens dans les rues de Pristina.
KOSOVO, Pristina - Le froid me réveille aux premières lueurs de l’aube : un des duvets est tombé du lit. Dehors, les flaques ont gelé. Je m’habille chaudement, écharpe, bonnet, gants, et pars me balader sur la colline qui surplombe Pristina, pour voir le soleil se lever. J’en repartirai cet après-midi, fin de mission. Une matinée pour flâner. Mon souffle dégage des nuages de vapeur qui s’envolent dans le ciel bleu. La lumière orangée du levant vient dorer le moindre détritus.
Après la découverte du quartier rupin sur cette jolie colline en surplomb de la ville, je cherche un promontoire pour photographier le paysage urbain. Je veux saisir l’agglomération de 600 000 habitants avec, en décor de fond, les monstrueux réacteurs de la centrale thermique. Ils crachent en continu dans l’atmosphère leurs panaches de fumée polluée. J’entre dans une grande maison en chantier, arrive sur la dalle à l’étage. En vain : aucune vue depuis la terrasse.
En redescendant avec prudence le squelette de béton de l’escalier central, entre gravats et barres d’acier pointant vers le ciel, j’aperçois un gros chien au long poil blond. Il fouille les poubelles crevées sur la dalle de ciment du rez-de-chaussée. Nos regards se croisent. Belle bête massive, sans collier, avec, malgré sa lignée bâtarde, quelque chose de noble et puissant. (Lire la suite…)
Par Martin BOHN
Ce courrier du condamné à mort Troy Davis m’a ému par sa profondeur. Il illustre ce que j’enseigne à bien des publics : La puissance d’un texte vient de la fidélité à votre parole intérieure. Celle de Troy Davis est puissante. Elle mérite d’être diffusée.
Ce noir américain a rédigé cette lettre en 2008, texte publié dix jours avant d’être tué sur décision judiciaire, jeudi 22 septembre à 5h08 (heure française). La « justice » états-unienne l’accusait d’avoir tué un policier blanc, crime qu’il a toujours nié. Ses derniers mots ont été pour la famille de ce policier, Marc MacPhail : « Je n’ai pas personnellement tué votre fils, votre père et votre frère. Je suis innocent. »
Les nombreuses péripéties judiciaires faisaient douter de sa culpabilité : aucune arme, aucune trace, sept témoins qui se sont rétractés en expliquant les pressions de la police pour les faire accuser Troy.
Troy Davis a appelé à poursuivre l’enquête pour qu’éclate un jour la vérité. Son avocat a dénoncé un « lynchage légalisé ».
Voici ma traduction du courrier de Troy Davis :
« Je veux remercier chacun de vous pour vos efforts à servir les droits de l’homme et la bonté humaine. Ces dernières années, j’ai vécu tant d’émotion, de joie, de tristesse sans jamais perdre espoir. C’est grâce à vous tous que je vis aujourd’hui. Je regarde ma sœur Martina, et je m’émerveille de son amour pour moi et bien sûr je m’inquiète pour elle et sa santé. Mais elle est mon aînée et m’assure qu’elle n’abandonnera jamais son combat pour me sauver la vie et prouver mon innocence dans ce crime affreux.
Je sens votre chaleur
Quand je lis vos mails du monde entier, d’endroits que je n’avais jamais imaginé connaître jusqu’alors, de personnes aux langues, cultures et religions dont je peux seulement espérer voir la main tendue, je suis submergé d’une émotion qui m’emplit le cœur d’une joie débordante, à couper le souffle. Je ne trouve pas les mots pour dire la force que je reçois de vous tous. Elle solidifie ma foi et me montre sans cesse qu’il ne s’agit pas seulement d’une condamnation à mort, ni du cas Troy Davis : il s’agit d’une affaire de justice et d’esprit humain afin que triomphe la vraie Justice. Je ne peux pas répondre à toutes vos lettres, mais je les lis toutes. Je ne peux tous vous voir mais je peux imaginer vos visages. Je ne peux vous entendre parler mais vos lettres m’emportent aux confins du monde. Je ne peux pas vous toucher physiquement mais je sens votre chaleur chaque jour que je vis.
Je suis libre !
Alors merci, et rappelez-vous que je suis dans un lieu où l’exécution peut seulement détruire votre forme physique. Mais grâce à ma foi en Dieu, à ma famille et à vous tous, j’ai été libéré spirituellement. Peu importe ce qu’il advient dans les jours ou semaines prochaines. Ce mouvement pour abolir la peine de mort, obtenir une vraie justice, dénoncer ce système qui ne sait pas protéger l’innocent, doit être accéléré. Il y a tellement de Troy Davis ! Ce combat pour abolir la peine de mort ne sera pas gagné ou perdu par moi, mais par notre force à nous mobiliser et sauver chaque innocent en captivité autour du globe. Nous devons démanteler ce système injuste ville par ville, État par État, pays par pays. Je suis impatient de me tenir devant vous, peu importe que ce soit physiquement ou spirituellement, car un jour j’annoncerai : « Je suis Troy Davis et je suis libre ! »
Ne cessez jamais de combattre pour la justice et nous gagnerons ! »

Rédiger son carnet de voyage : un moment de plaisir. Pourtant, ce genre d’écriture suit des règles simples. A commencer par le regard posé sur la page blanche. Exemple d’un état d’esprit tiré du stage écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Elle est vierge, nue, offerte à ma plume. Ma page blanche attend que je bouge la main. Elle attend ma pensée sur sa peau. Son immobile candeur appelle mon esprit, et me dit en silence : « Laisse partir les a priori. Fais le vide pour ne choisir qu’un mot. Celui que ma surface gardera gravé. Celui qui dira simplement, avec justesse, ce que ton esprit a capté. »
Cette page, qui parfois terrifie, laisse ainsi son message virginal : « Sois pur comme moi, laisse le bruit s’éloigner. Attends. Au bout d’un moment, quand tout s’apaise en l’esprit, les mots ne tourbillonnent plus avec folie. Contemple-moi comme un champ de neige où tes pas viendront tracer un premier chemin. Une direction dont tu es seul maître. »
Alors, lentement, l’esprit arrête de penser. Il capte une première émotion, des sensations, une humeur profonde et subtile que le monde autour lui offre…
Martin BOHN
Stages liés : Blocage de l’écrivain, angoisse de la page blanche : Racontez votre juge intérieur et Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage
Par M.B.
J’ai mis quelques années à bâtir cet atelier d’écriture de chansons. Ayant goûté moi-même au genre, j’ai pu en saisir la richesse et la complexité. Et surtout l’envie d’améliorer la qualité des textes que j’entends en musique… Souvent, il me déçoivent par leurs lacunes. Je songe alors : « C’est dommage, une petite réécriture et le texte devenait magnifique ! » La porte est maintenant ouverte, pour transmettre mes outils et créer des textes de chansons encore plus beaux.
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Par Martin BOHN
Cette histoire d’écriture aidée a permis de créer un stage de thérapie par l’écriture. Le témoignage d’Aurélie a été publié par le magazine de parapente Aérial en décembre 2007. Aujourd’hui, trois ans après, des lecteurs disent à l’auteur leur reconnaissance émue.
Mon téléphone sonne : c’est Aurélie COTTIER, amie de longue date. Elle pleure. Aurélie est ce genre de jeune femme qui ne laisse pas indifférent. Personnalité volontaire au charme espagnol, elle s’engage pleinement à cultiver ses passions.
Et notamment : la photographie, elle a abandonné son parcours de recherche scientifique pour devenir photographe professionnelle. La plongée, elle passe son brevet d’État. Et le parapente, qui lui permet de réaliser de spectaculaires photographies aériennes dans le monde entier, et nous vaut cette histoire de thérapie par l’écriture.
Aurélie m’apprend, la voix brisée :
«Martin, je rentre de l’hôpital. J’ai tapé en parapente.»
Cette histoire d’écriture aidée a permis de créer un stage de thérapie par l’écriture. Le témoignage d’Aurélie a été publié par le magazine de parapente Aérial en décembre 2007. Aujourd’hui, trois ans après, des lecteurs disent à l’auteur leur reconnaissance émue.
En une fraction de seconde, j’ai compris que j’allais percuter et me faire atrocement mal… Deux semaines plus tard, mes vertèbres et ma cheville commencent à se ressouder. Mais, pour apaiser mon mental taraudé par l’effrayant souvenir de l’accident, voici comment j’ai bénéficié de la thérapie par l’écriture.
Par Martin BOHN
Ce texte illustre le stage : Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Les grains de sable volent discrètement dans le vent du désert de Jordanie. Tout autour, le Wadi Rum s’étale sous la lumière du soleil levant. Grandes plaines de sable jaune entre les montagnes de pierre rose. Un corbeau survole la roche. Son croassement résonne longtemps dans les murailles.
Le campement s’éveille. Des bédouins préparent le thé. Ici, j’ai passé des heures à contempler les étoiles dans une nuit d’encre. Puis la lune s’est levée. Éblouissante dans un ciel pur. Sur ces vastes plaines, elle a jeté sa lumière bleutée. Sereine, sur la majesté des colosses de pierre immobiles pour l’éternité. Ces montagnes en couches minérales qui furent le fond des mers, il y a des millions d’années. Maintenant, la mer est de sable avec, pour vaisseaux, les dromadaires.
Une chauve-souris volette, une hyène hurle et son écho se perd sous les étoiles. Comme mes pas, couverts par le vent froid. Ici, tout passe. Seuls témoins aveugles, ces montagnes, sculptées par les vagues de la préhistoire, que le vent change en grains. Ici, la vie est minuscule. Mon corps, un grain de sable. Pourtant, je n’ai jamais si bien touché l’univers.
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :
O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Arthur Rimbaud

Par Martin BOHN
Ce texte illustre le stage : Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Journal de bord en Nouvelle-Calédonie, 1998, à l’anse Vata, la grande plage de Nouméa. Puis le carrosse de Marcel.
On n’est pas le miroir fidèle de soi-même. Seul un regard extérieur peut traduire avec rigueur et bienveillance les liens entre les objets et ma vie, entre mon histoire et l’aménagement de mon espace quotidien. Telle est mon approche de la Nouvelle-Calédonie. Regard fouineur mais aimant, qui cherche, découvre, s’attache aux hommes et au pays. Certains se prévalent d’une approche scientifique du Territoire, d’autre plongent dans son histoire, l’approchent par la loi, par l’argent ou par la politique. Mon approche est simplement celle du cœur. (Lire la suite…)
Les instants de bonheur où je traduis un talent, c’est en captant dans l’air une histoire qui flotte. Elle attend d’être attrapée par l’esprit et couchée sur le papier.