Exercice d’écriture / 2e papier d’ambiance de la journée : ce que je ressens ici et maintenant. Vous avez 30 mn.
Mes stagiaires se sont éparpillés au bord de l’Ardèche. Après, on va manger avec nos textes sous le bras. Je joue le jeu avec eux.


Je pensais venir pour la vue sublime au bord de la rivière Ardèche. Mais c’est le son qui l’emporte.
Pourtant, les falaises sont découpées par un doigt de sculpteur divin. Il a tracé en zigzag ce petit chemin d’eau vert clair dans la roche. Les gorges portent en leur lit une eau calme, fripée par la brise de printemps. Mais aussi une route qui serpente en surplomb. Des canoës de touristes voyagent à la pagaie. Et ces oiseaux, innombrables, qui chantent, sifflent, croassent, craquètent, crient et ricanent. Le son rebondit sur l’eau, frappe la falaise, résonne dans l’arrondi de la montagne et tout revient amplifié. Amphithéâtre naturel où la symphonie forme une partition mouvante au rythme instable, sur fond de souffle routier. Comme un poumon qui inspire, se tait, reprend plus fort sur un camion, s’étire par une voiture et s’éteint. Des passereaux pépient amoureusement, tirés par un désir printanier. Le croassement d’une corneille les couvre en planant dans le ciel bleu. Une sittelle répond avec son tilitut, tilitut, tilitouit. Voiture, rapide, souffle d’une vague qui chuite en mourant sur le sable. Le sifflet élevé des martinets. D’autres passereaux avec un grésillement rapide d’huile de friture. Plaf, un poisson saute à la surface. Une famille de corbeaux freux s’appellent, vieux raclement de gorge dans les hauteurs.
Des voix glissent : dix cyclistes fluos et casqués bavardent en filant à la vitesse des voitures.
Un autre clapot de poisson ? Non, c’est le frappement de rame sur l’eau par des touristes malhabiles en canoë : la pagaie résonne contre la coque, percussion de bidon plastique.
Ici, tous les échos s’épousent dans une même chanson. Harmonie.
Martin BOHN

Le 20 avril 2017 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 08 Martin BOHN, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, sensible | Aucun commentaire

Par Martin BOHN
Ce texte illustre le stage :
Apprendre à écrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.
Stages liés :
Blocage de l’écrivain, angoisse de la page blanche : Racontez votre juge intérieur et Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage

Les grains de sable volent discrètement dans le vent du désert de Jordanie. Tout autour, le Wadi Rum s’étale sous la lumière du soleil levant. Grandes plaines de sable jaune entre les montagnes de pierre rose. Un corbeau survole la roche. Son croassement résonne longtemps dans les murailles.

Le campement s’éveille. Des bédouins préparent le thé. Ici, j’ai passé des heures à contempler les étoiles dans une nuit d’encre. Puis la lune s’est levée. Éblouissante dans un ciel pur. Sur ces vastes plaines, elle a jeté sa lumière bleutée. Sereine, sur la majesté des colosses de pierre immobiles pour l’éternité. Ces montagnes en couches minérales qui furent le fond des mers, il y a des millions d’années. Maintenant, la mer est de sable avec, pour vaisseaux, les dromadaires.

Une chauve-souris volette, une hyène hurle et son écho se perd sous les étoiles. Comme mes pas, couverts par le vent froid. Ici, tout passe. Seuls témoins aveugles, ces montagnes, sculptées par les vagues de la préhistoire, que le vent change en grains. Ici, la vie est minuscule. Mon corps, un grain de sable. Pourtant, je n’ai jamais si bien touché l’univers.

Ecrire un journal de bord, rédiger son carnet de voyage.

Le 29 mars 2017 par marieM | Catégorie : ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, littéraire, sensible | 1 Commentaire

Ce reportage à bord d’un bateau de boat people a bouleversé ma vie, il y a 20 ans. Regards suppliants. Ma carrière de journaliste a basculé en Nouvelle-Calédonie. Censuré, puis appelé à devenir formateur.

[Note pédagogique - Ce texte est issu de l’exercice d’écriture créé pour mes stagiaires : Raconte-moi un moment fort de ta vie. Objectif : affûter l'art de décrire précisément les champs émotionnel et sensoriel. Techniquement, il est préférable de s’entraîner au départ avec un souvenir fort. Sa puissance aura marqué suffisamment les mémoires cellulaire et émotionnelle. Le récit en est facilité. Avec l’entraînement, les rédacteurs confirmés pourront rédiger des stimuli plus subtils, légers, des émotions fines. Ce jour-là, pour accompagner mon équipe de journalistes de télévision, je participe au jeu.]

Les boat-people chinois me tendent le bras pour m’aider à me hisser à bord du bateau. Je franchis le parapet de ce vieux chalutier en bois et contemple ces réfugiés. Une quarantaine d’hommes, femmes et enfants arrivés de Chine. Vêtus de misère, des regards fiers, mais épuisés. Visages maigres, sourires timides. Pleins d’espoir et de douleur discrète après trois mois de mer en furie pour arriver sur le Territoire calédonien. Une pudeur immense et digne. Ils demandent asile. Tous se sont tous levés, hommes, femmes et enfants, quand nous avons posé le pied sur le pont. Tous, sauf une. Une femme assise sous le franc-bord avant. Elle me regarde sans sourire. Regard lourd. J’ai mon appareil photo autour du cou, je n’ose pas m’approcher pour en faire le portrait. Je devine un malaise, sans comprendre. Le médecin bénévole me dira plus tard : « Après une fausse-couche en mer, elle a fait une septicémie. A quelques heures près, elle était morte. »
Le bateau est arrivé tôt ce matin dans la baie de Téoudié. Nous sommes en Nouvelle-Calédonie. Ce territoire d’outre-mer de la France de l’autre côté de la Terre. Ils le savent, ils ont visé juste, pour sauver leur peau. Une page décisive de ma vie s’écrit, ma carrière de journaliste va prendre un tournant inimaginable.
Je prends mes photos et notes de reportage.

archive de mon article à l'époque

Rassembler les maigres informations disponibles. Le capitaine parle quelques bribes d’anglais, trop peu pour raconter leur périple. Je visite la cabine, tout est démonté, détruit. Il reste la barre et des fils électriques qui pendouillent du plafond. Des jetons de jeu chinois au sol. Le bateau est vide. J’apprendrai plus tard que le moteur a été détruit, intentionnellement. Ils ne veulent pas repartir, mais rester ici. « Stay, stay here. » Ils ne connaissent pas le mot « asile politique ». En quelques minutes, je rassemble le plus d’éléments, puis les gendarmes arrivent à bord. « Vous devez descendre, Monsieur, c’est la quarantaine sanitaire comme on vous a dit.
Je sais messieurs. Vous faites votre travail. Je fais le mien. Laissez-moi encore deux minutes et on descend. »
Les militaires sont compréhensifs, humains. Il faut dire que je leur ai grillé la politesse il y a une heure :
Avec mon collègue journaliste de RFO, nous étions sur le rivage à contempler ce bateau noir au loin, dès le lever du jour. Six heures du matin, les gendarmes sont déjà là avec leur hors-bord.
« Bonjour messieurs, est-ce que vous pourriez nous mener à bord ?
- Non. Nous n’avons pas le droit. Vous ne pouvez même pas approcher à cause de la quarantaine sanitaire émise par le préfet. Il peut y avoir une maladie mortelle.
- Ah, d’accord. »
Avec mon collègue Thierry, nous avons le même profil. Deux baroudeurs que le danger attire. Je réfléchis quelques secondes, est-ce que je risque ma peau pour ce reportage ? Il y a des vies à sauver. C’est un gros coup journalistique, mais avant tout, humain. Comme pour Brahim Bouarram. Le cœur du métier.
Nous échangeons un regard. « On monte à bord ?
- Bien sûr! »

Nous allons trouver un habitant vietnamien. Il possède un hors-bord dans son garage. Enchanté de faire œuvre humanitaire, il attèle la remorque au 4×4 et met à l’eau à côté des gendarmes. « Vous restez à distance, hein ? » 
Bien sûr, bien sûr… Mais dès que le Viet met les moteurs, je lui glisse à l’oreille : « Tu passes à tribord et nous déposes rapidement à bord. »

Nous sommes donc deux, à contempler ce rafiot pourri qui a traversé trois tempêtes. Je ne le sais pas encore, mais ils étaient alors tous à genoux en train de prier, convaincus de sombrer dans l’instant. Être vivant tient pour eux du miracle. Un deuxième bateau arrivera plus tard, portant à 110 le nombre de réfugiés chinois sur le territoire.

Matignon obéit à Pékin

J’attendrai des mois leurs témoignages de tortures subies en Chine. Des mois pour que la presse parisienne s’y intéresse. Des mois pendant lesquels mon propre journal m’aura censuré, avec ce point d’orgue le 24 décembre 1997, quand j’arrive avec une page complète des récits de torture traduits en français, expliquant leur arrivée sur le Caillou. 
« Tu nous fais chier avec tes Chinois, Martin! » me dit un journaliste. Une autre me donne le coup de grâce: « Tes Chinois, on ne va pas en faire un roman. C’est Noël, on ne va pas embêter les gens avec ça. » Elle jette mon reportage à la poubelle. Mon texte est retiré du serveur informatique de la rédaction.
Pourtant, ces témoignages inédits expliquent la course contre la mort de 110 hommes, femmes et enfants réfugiés sur le sol calédonien depuis deux mois. Ils ne seront pas publiés. Trois témoignages assez doux ont été écrits la veille par un confrère obéissant. Ce sera tout. Je n’ai pas fait de scandale. En revanche, la rédaction garde jalousement les négatifs photos de mon reportage sur ces boat people, au mépris du droit d’auteur.
Je suis atterré par cette censure. Mon combat humanitaire semble s’effondrer face aux pressions de la Chine. L’Empire du milieu veut récupérer ses ressortissants. Le gouvernement Rocard a plié, et le ministre des DOM-TOM de l’époque, Jean-Jacques Queyranne, obéit à Pékin.

« Moi vivant, jamais on ne les laissera tomber. »

Je réfléchis toute la nuit, seul au monde. Démissionner serait donner la victoire à mes adversaires, ceux qui veulent me faire tomber. Rester, pour quoi faire ?
Finalement, le journal écourte notre collaboration. Il faut dire que le rédacteur en chef affronte la colère du préfet après mes articles :  « Si c’est si facile que ça, il n’a qu’à prendre ma place, votre petit journaliste! » Je deviens un fusible.

Me voici rentré à Paris un jour glacial de février 1998, moral dans les chaussettes. Je m’enrhume dès ma sortie de l’aéroport. J’ai les témoignages dans le sac, quelques contacts. Je fais le tour des rédactions parisiennes, on me propose une page du Figaro ou le 20heures de TF1. Je choisis la télévision pour sa puissance de feu médiatique, un soir d’élections. 
Sujet de trois minutes avec le premier dissident chinois Wei Jingsheng et le président de Médecins du monde. Je résume les témoignages à l’antenne. Une femme enceinte violée par les policiers jusqu’à provoquer son avortement. Un adolescent les testicules écrasés. Des brimades, des poursuites d’enfants…
 Pendant que nous parlons, un avion charter chinois doit décoller de Pékin pour aller chercher les réfugiés en Nouvelle-Calédonie. Mais le contenu de notre reportage change la donne. Le charter est annulé. De toute manière, il n’aurait pas redécollé. Des copains avaient planqué à La Tontouta, près de la piste, des camions de mine et des bulldozers géants. Le plan : dès que l’avion atterrit, envahir la piste, y déverser des tombereaux de terre avec les engins gigantesques. Aucun vol n’aurait pu repartir avant un moment. Nous sommes déterminés à leur sauver la peau. Exactement ce que j’ai pensé à bord du premier bateau : « Moi vivant, jamais on ne les laissera tomber. »

Les Chinois sont sauvés

Ce soir-là, notre passage au journal télévisé fait bouger Matignon. Les Chinois reçoivent une autorisation de séjour provisoire à Nouméa. Ils peuvent sortir du camp où ils étaient détenus depuis 6 mois, sans eau chaude ni fenêtre. Accueillis par la population après 6 mois d’emprisonnement honteux par la République française. Je ne suis pas là pour assister aux embrassades, mais le collectif humanitaire d’urgence monté avec tous les bénévoles (Secours catholique, Médecins du monde, notamment) me raconte la joie des libérés.

Je suis rentré à Paris, au chômage, blacklisté par mon groupe de presse. Mais ce soir-là, pour la première fois depuis six mois de lutte, je m’endors avec le sourire : Les Chinois sont sauvés. Ils ne retourneront pas se faire torturer et tuer dans leur pays. Dans quelques jours, je recevrai un appel étonnant. « Bonjour Martin, vous seriez d’accord pour former des journalistes aux techniques d’écriture ? » Ma deuxième carrière va commencer.
Martin BOHN

Archives de presse

Le 26 mars 2017 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 05 FORMATION, 06 INFO, 08 Martin BOHN, ambiance, exercice, Journal de bord, carnet de voyage, journalisme, médias | Aucun commentaire

Un engin de mine écrase la voiture de son patron

Exercice d’écriture, décrire la vidéo ci-dessus en deux versions. V1 : rigoureux, sérieux, mots-clés + phrases courtes. V2 : blog perso ou Facebook, ton libre, spontané, en se mettant à la place des personnages de la vidéo.

V1 Description des faits, type billet d’agence

Un cadre moustachu de chantier parle devant une caméra. Casque blanc, manteau orange, de la vapeur sort de sa bouche dans l’air froid. Soudain, un tracteur de mine gigantesque arrive derrière lui. Les immenses roues chaînées arrivent devant une Mercedes blanche. Le godet à mi-hauteur surplombe déjà la voiture du patron. Le tracteur continue, sa roue contre le pare-choc pousse l’auto en marche arrière sur le sol glacé. Après une trentaine de mètres, le conducteur d’engin abaisse le godet. Il écrase la Mercedes comme du carton. Alors, la roue géante grimpe sur la voiture, creuse une rigole géante dans la carrosserie. La roue arrière parachève le travail. L’auto est aplatie dans toute sa longueur. Le phare avant gauche clignote. Côté conducteur, il reste un rétroviseur et une portière intacts.

V2 Billet d’humeur en se mettant à la place des personnages de la vidéo

« Dis patron, tu l’as garée où, ta belle merco ? Parce que là, j’suis au boulot. Tu sais, conducteur d’engin. Le tracteur de mine avec les roues de 4m de haut et le godet plus grand que ta caisse. Tu sais patron, aujourd’hui, je t’emmerde. T’as pas voulu m’augmenter? Depuis longtemps, tu me méprises. D’ailleurs, tu me connais ? Allez, je suis sûr que ce soir, tu n’oublieras pas mon nom. Ni ta bagnole, d’ailleurs. Ta chère voiture blanche, avec son étoile Mercedes toute propre. Ah, tiens, elle est garée pile sur ma route. Devant mon pneu. C’est drôle, elle est toute petite, ta bagnole de riche, devant mon tracteur d’ouvrier. On dirait un jouet de minot. C’est comme le regard de mépris que tu nous jettes sur le chantier. T’as l’air de mesurer 4m de haut et de nous voir comme des fourmis. Bon. On va voir si le toit de ta voiture de fourmi aime mon godet. Hooo, y’a plus de toit ! Désormais, t’es propriétaire d’une décapotable. Voyons maintenant si Mercedes aime qu’on lui passe dessus. Depuis le temps que tu nous écrases… ça alors, quelle souplesse ! C’est du carton, une merco! Elle épouse parfaitement mon pneu géant. Belle sagesse, finalement : ta voiture, c’est comme ta grande gueule : Du carton. »
M. B.

Le 18 mars 2017 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, écrire sur internet, langage, vidéo | Aucun commentaire

Dans cette vidéo de trois minutes, Jean Rochefort résume une œuvre majeure de Gustave Flaubert : Madame Bovary. Mais l’acteur de 85 ans utilise pour cela un langage « djeuns » tout pourrave. Alors les djeuns, vous kiffez mieux la littérature ça comme ?

 

Le 17 mars 2017 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

Par M.B.
Dans son apprentissage, l’écrivain cherche une maîtrise que la vie offre à prix élevé.

La plume sert votre pensée, silencieuse encore, mais avec une envie de parler : La page blanche vous attire. C’est le premier signe. L’envie. Un message frappe à la porte pour sortir.
Puis l’idée se forme, comme une fréquence qui résonne lentement, une vapeur dans le crâne, une nouvelle vibration cherchant ses mots, ses odeurs, son corps pour s’exprimer.
L’idée se compacte et descend, de l’intelligence qui la capte à la bouche qui l’articule. Le mot s’élance, cerne la forme, dessine ce corps que le mental connaît. Le mot sculpte, dans l’espace invisible, par les vibrations du son, ce que l’esprit distingue. La parole s’élève dans l’air au rang de l’idée qu’elle transmet. Parole habile, idée fine : haute résonance. Parole lourde, idée sale : basse fréquence. La plume a coulé. Le mot est transmis, codé. Le message est prêt. L’esprit a capté, il se repose enfin.
———

Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous contemplent les étoiles.
Oscar Wilde

 

Le 2 février 2017 par Martin | Catégorie : 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, blocage d'écriture, langage, littéraire, peur de la page blanche, poésie, sensible | 2 Commentaires

Avez-vous déjà voyagé dans l’histoire de votre propre langue ?
Ce petit mémento chronologique donne des clés amusantes de l’évolution du français en quelques dates marquantes. On remonte 1150 années en arrière. Bonne balade !

(Lire la suite…)

Le 12 janvier 2017 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

En quoi consistent les techniques d’écriture ? Texte rédigé pour créer la fiche wikipédia en 2007. Depuis lors, la fiche wiki a été largement modifiée par les usagers, sans la rigueur initiale.
Page mise à jour le 6 janvier 2017.

Les techniques d’écriture, inspirées des cours de journalisme, rapprochent un texte de son objectif : informer, distraire, vendre, partager, etc. Variées et inconscientes pour nombre de rédacteurs, elles évoluent par l’usage et l’expérience des métiers de communication : Écrivain, journaliste, communicant, publicitaire, porte-parole…
Ces techniques professionnelles intéressent ainsi toutes les catégories littéraires, dans la mesure où l’auteur recherche une efficacité.
Elles peuvent être rangées en quatre catégories.

1- Le journalisme a codé les techniques modernes

Par nature, les règles d’écriture journalistique visent à informer. L’objectif déontologique de ce genre demeure donc l’idéal de vérité. Ce qui ordonne les règles suivantes :
- lisibilité,
- rigueur d’écriture (le mot juste, nettoyage du style, syntaxe logique, concordance des temps, précision allégorique…),
- fiabilité du récit,
- hiérarchie de l’information (l’essentiel d’abord, l’accessoire s’il reste de la place. Car trop d’information tue l’information).

Une des premières règles d’écriture journalistique consiste à concentrer l’information en un message essentiel. Il tient en une phrase informative qui répond aux “5W” anglo-saxon (who, what, where, when, how, why) soit les six questions : qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi (QQOQCP). Ceux qui s’ingénient à ajouter « combien » n’ont pas compris qu’il est naturellement intégré dans le quoi ou le comment. Cette pédagogie est aussi simple en théorie qu’exigeante et rigoureuse à l’échelon professionnel.

Les contraintes de l’écriture journalistique : Par manque de place dans la page, l’information prioritaire est diffusée. Ce choix implique un tri et un renoncement à diffuser les éléments accessoires. Il obéit aux règles de hiérarchie de l’information, parmi lesquelles le paramètre d’intérêt pour le lecteur (loi du mort/kilomètre ou de proximité) et partant, le chiffre des ventes. Enfin, la mise en forme de cette écriture vise à offrir une lecture rapide et agréable.

2- L’origine des techniques dans la littérature

De son côté, la littérature utilise, depuis la naissance du langage écrit, ses techniques narratives dans le profane ou le sacré :
- beauté du style,
- instrumentation du suspense,
- imagination et fantaisie des personnages et situations,
- utilisation de registre lexicaux cohérents, variés, contrastés,
- codage de l’expression selon le degré d’initiation, etc.

L’objectif avéré étant de capter l’attention du lecteur par le plaisir de lire : beauté de la langue, scénario captivant, profondeur des émotions, puissance des idéologie ou croyances, etc.

L’explosion du marché littéraire témoigne de la floraison des intérêts pour le genre, et de l’espace offert à tous les auteurs qui souhaitent inventer ou expérimenter de nouveaux procédés d’écriture. En ce sens, la bande dessinée rappelle l’origine de l’écriture, et procède d’une manière qui rappelle immanquablement les scribes d’Égypte et les lithogravures préhistoriques.

3- Le savoir-faire des diffuseurs traditionnels

Si leurs compétences sortent des strictes techniques rédactionnelles, les professionnels de la publication (éditeurs de livres et journaux, publicitaires), ont laissé une marque de leur savoir-faire dans l’écriture, notamment par l’adoption de règles typographiques, mais aussi par leur habileté à présenter le texte selon une mise en page et un graphisme valorisant. Ce savoir utilise des outils de mise en page affinée comme les logiciels Indesign et Xpress.

4- Les innovations de la diffusion internet

Internet a permis l’explosion de la production écrite sous la forme de blogs propices à une écriture personnelle. Les journaux intimes sur internet emploient parfois la technique du papier d’ambiance ou du journal de bord. Ils ont vu naître des techniques propres influencées par les procédures informatiques, mais aussi par le mode de lecture sur écran. L’analyse des comportements de lecture sur la Toile tient compte de la fatigue plus grande qu’avec un livre (nerf optique, rayonnement électromagnétique, bruit, position assise), ou d’infidélité de l’internaute. Il trouve son plaisir et son intérêt à surfer d’un site à l’autre, dans une vaste concurrence des genres. Mais gagne aussi l’avantage interactif d’échanger avec l’auteur.
Martin BOHN

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Le 7 janvier 2017 par Martin | Catégorie : 01 BASES D'ECRITURE, 04 FICHE PEDAGOGIQUE, langage | 4 Commentaires

Vous allez rire. Voici des extraits de mails qu’ont osé m’envoyer des professionnels de l’écriture sur Internet. Vous savez, ces personnes dont l’expertise est devrait être de maîtriser la syntaxe, la typographie, le style, la hiérarchie de l’information et même, soyons fous, une certaine créativité littéraire. Oui, ben pas du tout mon coco, c’est la berezina, la chouma sur toi, la débandade. Voyez plutôt.

Un bon point

« Bonjour, Merci d’abord pour l’intérêt que vous portez à notre société. Cependant, etc.»

Aaaaah (onomatopée de contentement) ! Oui, l’élégant rédacteur est poli. En mon esprit, une brise légère souffle et les oiseaux chantonnent : avouez que réception si galante donne envie de passer la porte. C’est sobre, mesuré. Mais ça se gâte ensuite : « Il m’est difficile de vous donner un prix sans plus de d’éléments. » Aïe ! Mais que s’est-il donc passé ? Notre professionnel de l’écriture a oublié la vertu de de la la relectuture ?

Il continue : « Combien y a-t’il de pages web sur votre site ? » A ce degré de méconnaissance typographique, je laisse tomber. Oui, tout le monde fait des fautes, mais point trop n’en faut, nom d’un petit bonhomme, surtout quand c’est ton turbin. La règle typographique commande d’écrire : Y a-t-il. Pas d’alternative. Sinon, change de boulot.

Mais, me direz-vous soudain dans un éclair de vos prunelles, j’ai des notions de droit : Il peut, ce maladroit que vous débinez en public à la Terre entière, vous réclamer son dû, son droit d’auteur, la propriété des fautes ci-dessus répétées. (Wow, vous causez vachement bien).

Ce à quoi je répondrai : Ouais ben qu’il ose, ainsi tout le monde saura son nom.

Moralité : Relisez-vous, ou vous perdrez un marché.

 

Le 1 janvier 2017 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

Pour l’exercice d’écriture gustative, j’ai choisi une plaquette de chocolat noir Lindt à 85% de cacao. La marque est gravée sur chaque carré brun foncé, lisse et brillant.
J’avais peur qu’il ne chauffe, mais il est à bonne température, encore frais. Il casse d’un bruit sec.
J’hume l’odeur âpre du chocolat noir. Au nez, il m’évoque les chemins de sable chauffés par le soleil d’été près d’une étable, avec une légère pointe de fourrage, adoucie par le sucre.  Le bétail piétinant dans la paille, croquant le sol de ses sabots.
Je croque. C’est net, avec une lente montée des saveurs. Un goût très sec, presque poudreux, peu de beurre, et cette lente vague amère du cacao qui tapisse la langue et meurt doucement. C’est de la dégustation de cacao presque brut.
Il faut un moment pour y revenir, il manque la dépendance du sucre. Saveurs très sobres, un équilibre très extrême des goûts qui me feraient pencher pour une proportion moindre : au lieu de 85%, descendre à 70. Trop peu de beurre, de gras, de collant sur les doigts. C’est de la poudre de cacao amalgamée et légèrement sucrée. Savoureuse certes, mais moins extatique que les truffes de noël que nous cuisinons avec Maman.
On n’est pas dans la douceur. La noblesse peut-être, mais l’extrême chaleur d’un carré mat, fin, qui m’évoque plutôt un sentier de poussière brune.
En finissant mon carré d’un grand coup, c’est plus voluptueux, plus massif et crémeux. Mais il faut le vouloir, car la langue vient ensuite râper tout ce cacao collé aux dents, sans l’arôme du beurre. Il manque. La saveur pure demande à être accompagnée. Associée. Un appel au mariage, peut-être avec un café, une brioche, une crème. Pour faire pleuvoir quelques gouttes suaves sur cette langue de terre d’Afrique.
Martin BOHN

Le 30 novembre 2016 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 03 ECRITURE AFFINEE, 05 FORMATION, ambiance, Journal de bord, carnet de voyage, sensible | Aucun commentaire

Exercice : papier sensoriel et émotionnel. Réparer le manque d’humanité fréquente dans l’écriture. Racontez un moment fort à vélo.
Question d’angle : Comment ai-je vaincu la fatigue en grimpant le col de Roncevaux à vélo ?
_______________

Je suis presque à bout de forces. En danseuse depuis une heure. Je dois pardonner.

Pour vaincre la fatigue, je vais devoir pardonner. Il y a une heure que je grimpe en danseuse. Soudain, l’évidence s’impose : Je suis tellement fatigué. Combien de temps vais-je tenir ?
Mon vélo est chargé de 15kg de matériel. Tente, duvet, nourriture… Dont 1kg de jambon que nous venons d’acheter à Bayonne. Plus une bouteille de floc de Gascogne qu’on déguste à petites lampées le soir, quand le repos devient cadeau. Mais là, j’ai le moral dans les chaussures. Concentré sur chaque coup de pédale de mon vélo demi-course. Avec cette question : vais-je atteindre le sommet ? Il me reste deux heures pour franchir le col de Roncevaux. Trente kilomètres avant l’Espagne. J’ai lâché mon ami d’enfance dès les premiers kilomètres. Nous l’ignorons encore, mais son frein arrière touche la jante en permanence. Et puis, il pèse plus que moi. Il fera une chute d’hypoglycémie, sans ressource : j’ai dans mes sacs toute la bouffe et les coupe-faim. Une moto le tirera jusqu’au col.

A mon stade de fatigue, l’expérience sportive se transforme en (Lire la suite…)

Le 13 septembre 2016 par Martin | Catégorie : 02 ECRITURE PRO, 05 FORMATION, 08 Martin BOHN, ambiance, blocage d'écriture, Journal de bord, carnet de voyage, langage, littéraire, sensible | Aucun commentaire

La question provoque en apparence, mais se pose de plus en plus dans les journaux papier ou web : Quelle rémunération accorder à un pigiste rédigeant comme une vache espagnole ? (Lire la suite…)

Le 24 janvier 2016 par Martin | Catégorie : 01 BASES D'ECRITURE, journalisme, médias | Aucun commentaire

Albert Dupontel critique l’actu, l’école et la société : une analyse simple et directe de la fonction anxiogène et débilitante du déluge d’informations noires. Pas mieux.
Un bon départ pour amorcer une analyse constructive du journalisme, loin de ses déviances actuelles où le mensonge s’infiltre partout.

Le 25 juillet 2015 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION, 06 INFO, décryptage, journalisme, médias, vidéo | Aucun commentaire

Qu’est-ce que j’appelle « l’aïkido verbal » ?

C’est une technique que j’aime appliquer dans le discours pour désarçonner l’adversaire, depuis que je l’ai mise au point pour certaines interviews journalistiques. Cette trouvaille rhétorique utilise vraiment un principe philosophique et technique de l’aïkido. Nul besoin d’aller se faire ratatiner le faciès sur un tatami pour comprendre la base de ce vénérable art martial transposé à l’écrit.

Cette technique sobre, simple dans son principe, et aisée dans sa mise en œuvre. Certes, je conçois fort bien que la simplicité réclame, dans notre culture mentale, des efforts de lâcher-prise, mais tout de même ! Arrêtez cette bouillie de cervelle et soyez logiques et déductifs : il s’agit d’utiliser la force de l’adversaire pour l’amener plus loin dans son prolongement. Sur ce tatamis du langage, l’aïkido verbal consiste en ceci :
Prendre une idée de l’interlocuteur (en particulier un principe qu’il se donne), et la mener à son terme. Aller plus loin que lui, dans sa direction. Extrapoler avec rigueur là où son auteur n’avait pas osé aller. Si l’idée est bancale, le raisonnement tombe de lui-même. Au plan auditif, il en résulte à peu près ça :
« Ahheuuu attends nan arrête j’ai pas voulu dire ça. Nan mais tu vas trop loin enfin si mais non mais aaaah voilà quoi ! Tu vois ce que je veux dire… »
Là, stoïque et détendu, répondez doucement : « Non ».
C’est là que votre interlocuteur agonise. Et part en défaite, en colère, en rupture de dialogue ou bien, rarement, révise son opinion.


Un exemple ? Bon mais vite alors, parce qu’il est tard et que j’ai trop relu de textes aujourd’hui, je fatigue. Tiens, un tout simple, le style café du commerce, où les idées bancales pleuvent comme la pluie sous un bœuf de Kobé (paraît qu’ils boivent de la bière. C’est incroyable comme la bière, pour moi, est diurétique).

Idée bancale de départ : « Les étrangers nous piquent le boulot, salauds d’étrangers !
- Et vous, pour les 6 milliards d’humains non français, vous êtes un étranger, n’est-ce pas ? Alors, dans cette économie sans frontière et mondialisée, vous leur piquez quel boulot ? »

Autre version : « D’accord, alors il faut interdire le travail des étrangers, que ce soit rémunéré et même bénévole parce que ça aussi ça pique le travail aux Français qui votent comme vous. Donc si vous habitez à deux mètres d’une frontière, et que votre maison brûle, l’étranger qui habite de l’autre côté de la rue, donc de la frontière, n’est pas payé pour venir éteindre votre incendie, hein, parce qu’il ne serait pas autorisé à travailler hors de chez lui n’est-ce pas ? » (Notez comme, dans le style verbal du café du commerce, la ponctuation devient défectueuse).

Plus sournois encore : on vous dit « Ah, mais ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à s’exprimer dans les bureaux de vote. On est en démocratie. Nos anciens sont morts pour ça. »
- Ah, on est en démocratie, pouvoir du peuple, par le peuple pour le peuple. Donc vous êtes citoyen, c’est-à-dire que vous votez les lois souverainement. Pouvez-vous me parler des lois que vous avez votées ou soumises au débat législatif, depuis que vous avez la chance d’exercer vos pleins pouvoirs démocratiques ? »

Grand classique : « Ca ne me gêne pas que l’Etat écoute mes conversations et surveille mon ordinateur. Je n’ai rien à cacher.
- Tiens, vous aimez citer comme Goebbels ? Est-ce que vous pensez vraiment comme lui ? Et puisque vous n’avez rien à cacher, pouvez-vous vous déshabiller là tout de suite ? » Et caetera. On n’en finirait pas, en fait, tant est fécond l’esprit humain qui somnole tout le jour durant.

Le 21 juillet 2015 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION, convaincre, décryptage, langage | Aucun commentaire

Le plaisir d’écrire se cultive comme tout art : avec des outils agréables. J’ai découvert, après des années de stylos bille ou feutre, la plume exceptionnelle du Pilot Namiki Falcon.

Un outil formidable qui permet une écriture standard ou calligraphiée, selon les réglages de souplesse et largeur de plume, ainsi que la force d’appui sur la feuille.
La vidéo suivante a déjà réalisé un joli succès sur cette niche de passionnés, avec 876 000 vues à ce jour.

Un bonheur. Voici mon évaluation.
Qualité de plume : 5/5
La meilleure que j’aie testée à ce jour.
Facilité d’écriture : 3/5
Une adaptation nécessaire qui ne conviendra pas à un débutant, à une main brutale découvrant la plume. Il faut positionner avec précision l’angle du stylographe sur la page, car la finesse de sa plume (de l’ordre du 1/10e de mm) la rend un peu accrocheuse à la remontée de biais. Elle n’a pas la rondeur lisse des grosses plumes dures à bout rond. Cette plume en rhodium-or est d’une souplesse unique, et perçoit donc les infimes vibrations du papier. Mais cette précision nécessaire est fonction du revêtement papier. Sur une feuille de qualité au grain lisse, le trajet du métal sur le papier glisse avec aisance et presque en silence. Soyons clairs, cette plume ne gratte pas comme une plume Sergent major. Elle est même très silencieuse et douce. Mais elle peut parfois rendre délicat un trait courbe qui remonte, cassant ainsi le virage d’une main malhabile et lui impulsant un angle involontaire.

Mon évaluation
Rapport qualité / prix : 5/5
Sans comparaison sur le marché actuel. Vivement que d’autres marques viennent proposer un produit concurrent pour étoffer ainsi le choix de cette gamme sublime !

Esthétique : 3/5
Dans une présentation très discrète par rapport au potentiel époustouflant de ce stylo plume, son esthétique est élégante mais ne se fait pas remarquer. Sobriété japonaise qui, finalement, me convient pour ce produit indémodable.

Prise en main : 4/5 et 5/5
Le Resin Falcon est plus léger, 19g et manque ainsi de masse pour écrire. Son grand frère plus cher, le stylo-plume Pilot métal Falcon pèse 33g et donne l’inertie nécessaire à un trait plus fluide.
Précision personnelle : j’ai une écriture plutôt fine et anguleuse, comme souvent les dessinateurs. Le premier stylo acquis, un Namiki resin falcon (19g), était en plume fine. J’ai ensuite opté pour une plume extra-fine sur Namiki metal falcon. Ce stylo-plume deux fois plus lourd (33g), plus équilibré à ma main, m’offre ainsi la parfaite finesse de trait pour écrire.

Ce produit, commercialisé par l’usine japonaise Hiratsuka de Pilot, est assorti d’une gamme d’encres haut de gamme : Iroshizuku. J’en ai trouvé à 32€ le flacon dans des papeteries françaises. Évidemment réservées à des stylos rechargeables comme les Namiki, elles sont rentables toute proportion gardées, par rapport au tarif des cartouches. Et puis ça a un côté tellement nostalgique de devoir savonner mes mains après chaque plein d’encre…

 

Enfin, pour répondre à cette traditionnelle question de mes stagiaires : Faut-il prendre ses notes sur ordinateur ou bien sur papier ? Je conseille d’écrire sur papier pour le temps de la réflexion, quand les idées doivent se développer à leur rythme lent, le temps de la réflexion. Mais ensuite, pour organiser ses phrases et récrire, naturellement, l’ordinateur est l’outil idéal pour couper, supprimer, récrire.
La plume de qualité d’un stylo fonctionne ainsi en harmonie avec l’ordinateur, délivrant le cerveau de cette fascination de l’écran qui, dans de nombreux cas, ralentit la pensée et fatigue l’humain.
Bonne écriture à vous !

Le 4 mai 2015 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

[Le sens du salut profond dans l'écriture sincère]

Puisque tu es là, tes yeux posés sur ma parole, j’en profite pour te saluer, simplement. Totalement. En réalité, le salut que j’adresse habituellement n’est pas souvent entier. Ma pensée est ailleurs, sans parler du cœur.
Mais là, je décide d’offrir à toute ta personne un véritable salut, l’accueil noble, qui ne juge pas et ouvre vraiment sa porte intérieure à l’autre. Nous connaissons ça, en différents endroits du monde. Ces cultures superbes qui invitent l’étranger à table. Voilà le grand salut humain. Je ne te connais pas et je t’ouvre ma porte. Je fais le pari de la confiance. Je n’ai pas peur de toi, et même, je suis prêt à veiller sur toi, à prendre soin de ta personne le temps que tu estimes juste.
Voilà le sens du salut total. Je suis soudain ton ami. C’est une démarche noble dans la vie. C’est un art. Une sagesse.
Donc, toi qui lis ces lignes, j’ignore ta provenance et ton identité, peu importe. Tu lis mes mots. Ils sont posés là pour toi, vraiment pour toi, par mon coeur bienveillant. Et je me fiche de savoir quels paysages tu as traversés avant d’arriver ici. Tu as marché, c’est sûr, tu t’es fait mal, évidemment. Tu n’es pas forcément fier de toi, et alors ? Qui n’a jamais semé des larmes, du sang, la mort peut-être ? Je ne juge rien. Je peux t’apporter mon aide, ouvrir ma main, ma porte, ma confiance ? Je le fais. Car c’est ma seule manière de vivre. C’est l’enseignement des fleurs chaque matin, quand la lumière les fait s’ouvrir délicatement pour saluer la vie. Sinon, elles meurent.
Je salue la vie en toi, et la lumière que tu apportes.

Martin.

Le 20 juin 2014 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

Jamais je n’avais entendu en stage une telle franchise désabusée.
Je terminais un stage dans une institution européenne à Strasbourg. Un des stagiaires vient me voir à la fin :
« Martin, c’est très intéressant tout ce que tu nous enseignes. Mais si on écrit normalement, le bureaucrate a peur. Il faut noyer le message dans nos textes professionnels!
- De quoi a-t-il peur ?
- Il a peur que le public comprenne qu’on ne sert à rien. Tout est comme ça ici [administration européenne]. Les textes se ressemblent tous et ne font que dire que tout progresse et tout est merveilleux. En réalité, on ne fait que dépenser de l’argent inutilement. »

Le 16 juin 2014 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire

Il a manqué la naissance du premier. Couper le cordon le bouleverse. Larmes de joie.

Ce portrait d'un stagiaire illustre une des techniques du portrait. « Je le sens encore, ce cri des ciseaux quand j’ai coupé le cordon ombilical. » Alami se reprend de sa douce voix grave : « Pas ce cri, ce bruit des ciseaux. »

Le nouveau-né vient de prendre son premier souffle, il pèse 3,5 kg. C’est un garçon, Anas, son deuxième enfant. Dans quelques minutes, le solide papa va pleurer, tant le moment est symbolique d’une belle réparation.

Il est 10h35, ce jeudi 12 février 2003 à la clinique de Noisy le Grand. D’un net coup de ciseaux, Alami tranche dans le vif. « Je l’entends encore ce grincement, ce déchirement de papier, de tissu fragile. C’est le moment où je sépare l’enfant de sa mère, je le délivre. Un sentiment tellement fort de fierté, de joie, de bonheur. Rien que d’en parler, j’ai la chair de poule. »

Ses yeux se mettent à briller. Ce paisible Franco-Marocain de 45 ans vit alors une forme de réparation. Un an auparavant, il a manqué la naissance de son premier fils.

Rayon de soleil

« Je n’étais pas dans la salle d’accouchement. Ma femme, Zakia, était tellement stressée, que j’avais peur. Je n’avais pas le même courage à 34 ans. C’est ma cousine qui a pris ma place pour rassurer ma femme. Et j’ai changé d’avis dès que le travail a commencé. Trop tard. Je ne pouvais plus rentrer dans la salle d’accouchement. »

Alami fait les cent pas comme un lion en cage. Et enfin, il découvre le visage de son premier bébé lavé et habillé de blanc. Un beau petit garçon, Sami. « J’avais l’impression de ne pas endosser mon rôle de père dans un moment aussi fort. Je n’ai pas coupé le cordon. Alors pour le deuxième, j’ai tout vécu. La douleur de ma femme, le premier bisou, le premier nettoyage. »

Alami regarde au loin, ses yeux noirs brillent davantage. Il se rappelle le moment où il a craqué. « Quand ils ont emmené mon fils pour le laver, j’ai pleuré. Je n’arrivais plus à me contenir. » Et puis la sage-femme lui rapporte son bébé tout juste nettoyé. « Là, j’ai découvert son visage de bébé tout propre… Une beauté ! J’avais l’impression d’un rayon de soleil. »

Donner ce que je n’ai pas reçu

Il en faut beaucoup pour faire craquer ce solide combattant de boxe thaï depuis huit ans. Encore enfant, à 11 ans, Alami quitte Casablanca pour la France. « Une chance dont rêvent tous les Marocains… » Mais une chance payée durement : il laisse ses parents derrière lui. En ajoutant d’une voix toujours calme : « Leur présence m’a plus que manqué. Je suis devenu un jeune un peu foufou… Aujourd’hui, j’essaie de donner à mes enfants ce que je n’ai pas reçu, de vivre des moments forts avec eux, on est très câlin. »

Onze ans, c’est l’âge que vient d’atteindre justement Anas, en février. Pour son anniversaire, son papa lui offre un cadeau bouleversant. Une lettre qui raconte sa naissance : « Je lui raconte comment j’ai coupé le cordon, comment je l’ai nettoyé. »

Anas est bouleversé, fond en larmes avec sa mère et se réfugie dans les bras de son père lui faire un gros câlin. Et avec sa mère, ils ont accroché la lettre sur le frigo.

Martin BOHN

Note : J’ai rédigé ce portrait pendant un exercice d’écriture donné à mes stagiaires, pour jouer le jeu comme eux. Puis chacun de nous a lu son texte.

 

Le 5 juin 2014 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION, 07 PEDAGOGIE | Aucun commentaire

L'étymologie du mot «pouce» remonte au sanskrit

Savez-vous d’où vient le mot «pouce» ? La question semble enfantine, mais elle m’a plongé en pleine nuit dans une recherche à perdre haleine… Voici l’histoire.

La plus récente trace historique vient du latin, on s’en doute, au XIIIe siècle. Pouce s’écrivait polz. Un siècle plus tôt, au XIIe, c’était pouz, du latin peuce. Ce mot latin, peuce, vient lui-même du nom pollicem, qui signifie gros orteil, ou nœud d’un arbre.
Mais l’origine ne s’arrête pas là. Prenons le frais, et allons vers le grand nord slave, où le mot palici ( je ne peux reproduire ici les accents sur les i) signifiait doigt. Notons qu’en polonais, on retrouve paluch, qui désigne le gros orteil, ou le gros doigt. Intéressant, car on approche le mot latin palpare, qui signifie évidemment sentir, toucher. Cela nous rappelle les verbes actuels en français : palper et palucher…
Retournons dans le nord slave, avec prustu (désolé, il y a encore une fois des accents que je ne peux mettre, sur les u). Prustu s’approche du lituanien prstas (avec accents sur le r et le s).
Et enfin, avant de crier pouce, si vous fatiguez, rappelons le mot sanskrit sprcati, d’où tout semble venir et qui signifie «il touche».

Mis à jour le 11/06/2014
Le 1 juin 2014 par Martin | Catégorie : langage | Aucun commentaire


Avec un sourire, l’animateur vous présente. Vous montez sur l’estrade, approchez du micro et regardez l’assistance : Le public a les yeux rivés sur vous. Silence. Tout le monde attend vos premiers mots. C’est à vous. Que ressentez-vous ?

Très probablement, votre cœur bat fort, les joues ou les oreilles rosissent, la main tremble, quand ce n’est pas la voix ou les jambes qui flageolent. Honnêtement, êtes-vous en condition pour donner le meilleur de vous-même et improviser un discours brillant ?

Ceux qui répondent « oui » sont habitués au micro, rompus aux techniques de scène. Sinon, sachez que l’art de la prise de parole s’acquiert. Simple question de préparation. En effet, irait-on demander à un inconnu d’improviser une chorégraphie en public à l’opéra ? Non, évidemment. C’est pourtant ce qu’on exige de l’orateur ! Le voilà donc qui monte sur scène le cœur battant, son discours écrit tant bien que mal, sans technique.

Résultat ? Il l’ignore, heureusement. Aucun spectateur ne viendra lui dire en fin de conférence : « C’était mauvais, abstrait, bafouillé, sans moment fort ni plaisir. On s’est ennuyé ».  Non, les auditeurs réagissent avec respect ou pitié, soulagés de n’être pas contraints à cette humiliation publique. Ils estiment souvent que « l’orateur a été mauvais mais au moins, il a eu le courage de se produire sans filet. Moi, je n’oserais jamais ».

En réalité, donner une conférence est facile. L’entraînement suit des règles de bon sens, des techniques de journalisme et de maîtrise du stress pour poser sa voix calmement. Vous les employez sans le savoir, ces techniques, comme monsieur Jourdain fait de la prose. Il suffit d’acquérir les outils simples, efficaces et de considérer vraiment vos qualités.

Martin BOHN

Stage : Rédiger et animer une conférence, prise de parole en public (media-training)

Le 23 mai 2014 par Martin | Catégorie : 05 FORMATION | Aucun commentaire